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NGAN MEDZA : quand le théâtre réveille la mémoire Ekang à Ecopark Yaoundé

L’année 2026 s’est ouverte sous le signe de la mémoire, du souffle ancestral et du théâtre vivant. Le 1er janvier, au centre touristique Ecopark Yaoundé, situé à Ahala, le public a été convié à un voyage hors du temps à travers le spectacle théâtral Ngan Medza, une fresque scénique de 45 minutes inspirée de la mythologie du peuple Beti-Ekang. Un pari audacieux pour inaugurer l’année, et surtout un acte culturel fort.

Dès l’ouverture, le ton est donné. Deux percussionnistes entrent en scène, tam-tam et tambour dialoguant dans une pulsation profonde, presque tellurique. La musique d’Ismaëlo – Africa enveloppe l’espace, installe l’écoute et prépare les corps à recevoir l’histoire. Le théâtre ici ne divertit pas seulement : il convoque.

Quand la parole du conteur plante le décor du spectacle Ngan Medza

La première scène s’ouvre sur l’entrée du conteur, vêtu d’une peau de panthère. C’est le slameur Bern’ArtDo qui prend la parole. Sa présence est magnétique. La voix posée, rythmée, presque incantatoire, il s’adresse au public et plante le décor : « Ce que vous allez entendre ce soir n’est pas une histoire inventée. C’est une mémoire. C’est l’histoire de nos origines, une histoire que l’on raconte pour ne pas oublier. »

Les comédiens sur la scène du Ngan Medza. Crédit : Sidoine FEUGUI
Les comédiens sur la scène du Ngan Medza. Crédit : Sidoine FEUGUI

Bern’artdo remonte alors le fil du temps et convoque l’ancêtre mythique Nanga. « Nanga est notre père à tous. De lui sont nés Kolo Beti, Eton Beti, Mvele Beti, Mvan Beti, Meka Beti, Bulu, l’unique fille, et Ntumu, le dernier-né », déclame-t-il. Il poursuit, rappelant l’origine lointaine des Ekang : « Nous venons des terres chaudes du nord-est de l’Afrique. Nous étions un peuple de parole, de rites et de sciences sacrées. Nous avons marché longtemps avant d’atteindre les grandes forêts. »

Ce n’est qu’après cette longue migration, explique encore le conteur, que survient la rupture : « Au XVIIIᵉ siècle, en avançant vers l’Adamaoua, nous avons rencontré les Fulbé. La peur, la violence et la fuite nous ont conduits jusqu’au fleuve Sanaga. » L’obstacle semble infranchissable. C’est alors qu’intervient le serpent mystique, Ngan Medza, immense boa totem envoyé pour sauver le peuple.

Songes, conflits et fracture communautaire

Les comédiens sur la scène du Ngan Medza. Crédit : Sidoine FEUGUI
Les comédiens sur la scène du Ngan Medza. Crédit : Sidoine FEUGUI

La deuxième scène introduit un roi sur son trône, troublé par un songe. Il convoque son conseiller. La tension est subtile, mais perceptible. Une transition musicale aux sonorités arabes nous transporte ensuite dans la chefferie Fulbé de l’Adamaoua. Le décor change : tapis, tableaux représentant des filles peules. Le conflit communautaire est posé. La chasse est interdite. Les Ekang sont menacés.

Le spectacle évite le manichéisme. Il montre la complexité des rapports entre peuples, les incompréhensions, les décisions politiques qui brisent des équilibres anciens. La scène suivante, située dans un petit village Ekang, ramène l’intimité : quatre huttes, des cases en terre battue, et un dialogue chargé d’inquiétude. Le conseiller raconte son entretien avec le chef. Le songe annonce l’exil.

Une phrase résonne comme un avertissement biblique et symbolique : « Adamaoua, la terre où Adam et Aoua ont mangé le fruit. »

La Sanaga comme ligne de vie et de mort

La scène centrale du spectacle est sans doute celle de la rencontre avec la Sanaga. Les Ekang sont en fuite. Ils sont face au fleuve. Le désespoir s’exprime dans une supplique collective : « Nous portons vos noms, vos rites, votre histoire. Ne nous laissez pas mourir. »

C’est alors qu’un gros serpent boa jallit de l’eau. Sa voix se fait entendre. Grave, profonde : « Mon dos est large. Montez. Restez unis. »

Les comédiens sur la scène du Ngan Medza. Crédit : Sidoine FEUGUI
Les Ekangs sur le dos du Ngan Medza. Crédit : Sidoine FEUGUI

La scénographie est simple mais efficace : une longue mousse serpentiforme, terminée par une tête symbolique. Les Ekang traversent le fleuve Sanaga sur le dos du boa. Mais le chef reste en arrière pour mener la bataille. Il meurt. Le sacrifice est total.

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Une émotion portée par la voix

La transition suivante est un moment de grâce. La chanteuse Merveille Bella, accompagnée du slameur Bern’ArtDo, livre une oraison funèbre bouleversante. Sa voix, aiguë, maîtrisée, profondément mélodieuse, traverse la barrière de la langue. Même sans comprendre les mots, l’émotion frappe. Frissons garantis. La mort est interrogée, pleurée, mais aussi honorée.

« Pourquoi la mort ne meurt pas ? » La question reste suspendue.

Dans la dernière scène, le peuple Ekang descend du dos du serpent. Ngan Medza leur laisse un ultime message : « Restez toujours unis. Un peuple uni avance. Un peuple divisé se brise et tombe. »

La narration se referme sur cette vérité intemporelle. Un peuple sans culture est un peuple sans âme.

Une jeunesse au cœur du projet Ngan Medza

À la sortie, les réactions sont éloquentes. Marcel, spectateur, confie : « L’idée était foncièrement originale. La mise en scène est réussie, la sonorisation bien maîtrisée. Ce genre de spectacle est vraiment important pour la jeunesse. »

Le metteur en scène, Brice Belinga, étudiant en arts du spectacle et cinématographie à l’Université de Yaoundé I, revient sur la genèse du projet : « L’idée m’est venue d’un grand frère qui m’a parlé de Ngan Medza. Nous voulions valoriser la culture camerounaise. Ce spectacle symbolise à la fois la traversée, la rupture et la mémoire. Je suis très satisfait, surtout de voir autant de jeunes et d’enfants. »

Pour Foe Essomba Antoine Boris, membre fondateur d’Ecopark Yaoundé, ce spectacle marque le début d’une série : « Il s’agit de sensibiliser les jeunes à leurs origines, sans communautarisme. Connaître sa culture permet de mieux dialoguer avec les autres. »

Une œuvre nécessaire

Spectacle Ngan Medza à Ecopark Yaoundé : une fresque théâtrale inspirée de la mythologie Beti-Ekang pour ouvrir 2026 sous le signe de la mémoire et de la culture.

Avec Ngan Medza, le théâtre redevient ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un espace de transmission, de mémoire et de dialogue entre générations. À Ecopark Yaoundé, ce 1er janvier 2026, la culture n’a pas seulement été célébrée. Elle a été vécue.


Mouna TABA : Yaoundé ouvre le premier Festival panafricain du film sur la jeunesse

À partir de ce 10 décembre, Yaoundé se laisse gagner par une brise cinématographique différente. Pas celle des tapis rouges. Ici, l’on parle d’enfance, de rêves, de blessures secrètes et d’espérances têtues. L’Espace Culturel ADE-NIBA se transforme en point de rencontre d’un continent qui veut raconter sa jeunesse sans la trahir. Le Festival panafricain du film sur la jeunesse – Mouna TABA ouvre sa toute première édition du 10 au 13 décembre 2025, et déjà, il dégage un parfum de promesse.

Pour Mary-Noëlle Niba, Présidente de l’Association Tell And Be Africa, ce festival n’est pas sorti de nulle part. Il est né d’un long compagnonnage avec le public : « Ce festival s’inscrit dans la continuité du Ciné-Club N’kah. Pendant cinq ans, nous avons rapproché le public des classiques africains. Les séances les plus remplies étaient celles avec des enfants. Ils étaient émerveillés devant Le Ballon d’or de Cheick Doukouré… »
Ce constat a rendu l’idée presque évidente : créer un espace où la jeunesse et ses récits sont invités au centre.

Festival Mouna TABA

Festival Mouna TABA : Trois jours, vingt-cinq films et une volonté de réinventer le regard

Durant trois jours, vingt-cinq films — courts et longs métrages — défileront à l’écran. Pas pour impressionner, mais pour transmettre : la jeunesse compte, ses histoires méritent d’être vues et comprises.

Le thème choisi, « Des films inspirants pour la jeunesse », reflète cette ambition. Loin du sensationnel, l’objectif est de rappeler que le cinéma peut aussi redonner confiance, éclairer des chemins, offrir des modèles ou tout simplement servir de passerelle entre générations.

Le festival Mouna TABA est également compétitif, avec deux prix : meilleur long métrage et meilleur court métrage. Le jury, conduit par Narcisse Wandji, réunit des figures plurielles du livre, de la production, du cinéma et de la critique. Tous partagent une même conviction : encourager des œuvres exigeantes sur la jeunesse africaine.

Un colloque pour comprendre ce que signifie “écrire sur la jeunesse”

Au-delà des projections, le colloque « Écrire sur la jeunesse » permettra de revisiter les motivations, les enjeux et les responsabilités qui accompagnent l’écriture d’un film destiné à un jeune public. Les panélistes — réalisateurs, éditeurs, écrivains, formateurs — viendront offrir un regard croisé, parfois critique, toujours passionné.

Dans un paysage cinématographique où les enfants sont souvent les grands absents, ce temps de discussion arrive comme une respiration nécessaire.

Mouna TABA

La Résidence d’écriture TABA : un laboratoire d’histoires merveilleuses

En parallèle se tient la troisième édition de la Résidence d’écriture TABA, du 30 novembre au 14 décembre. Là se préparent des films qui, demain, pourraient faire le tour des festivals. Parmi eux : La liste de Noël, En sourdine, Basket, Le prix d’un nom et Sotapot.

Paul Marie Mala, porteur du projet La liste de Noël, accueille cette sélection avec une sincérité touchante : « C’est une chose d’être sélectionné, c’en est une autre d’accepter les appréciations sur son travail. Cette résidence me permet d’avoir une vision de l’écriture du cinéma, même si ce n’est pas évident d’accepter les critiques. Cependant, je suis là pour apprendre à écrire pour les enfants. »
Une parole qui dit la fragilité de la création, mais aussi le courage qu’il faut pour se confronter au regard des autres.

Autour des participants, des encadreurs expérimentés : Anis Lassoued, Yolande Ekoumou Samba, Mary-Noël Niba… Tous apportent leur maîtrise du langage cinématographique et leur sensibilité aux récits de jeunesse.

ADE-NIBA, un nouveau souffle culturel pour Yaoundé

Cette effervescence se déploie dans un seul et même lieu : ADE-NIBA, fraîchement sorti de terre près de Shell Nsimeyong. Un espace pensé pour accueillir des rencontres artistiques, mais aussi pour créer de la proximité entre le public et les créateurs.

Pour sa première grande manifestation, l’endroit devient un refuge pour les histoires et un terrain de dialogue entre générations.

Quand Yaoundé choisit de regarder sa jeunesse autrement

Dans un monde où l’image de la jeunesse est trop souvent écrasée par les clichés, Mouna TABA arrive comme une parenthèse nécessaire. Une invitation à réapprendre l’émerveillement, à revisiter le merveilleux africain, à écouter ce que les enfants et adolescents ont à dire.

Du 10 au 13 décembre, Yaoundé regarde la jeunesse à hauteur d’yeux. Et rien que cela suffit déjà à donner au festival un souffle particulier : celui des commencements qui ont vocation à durer.


Clémence pour les personnes incarcérées : L’engagement d’Ange Sama

Le Mouvement Demande Nationale de Clémence (DNC), dirigé par Ange Sama, annonce la tenue d’une Journée Citoyenne de Compassion et de Clémence le 04 décembre 2025, entièrement axée sur une mobilisation numérique inédite : la réalisation de vidéos citoyennes en soutien à certains détenus au Cameroun.

L’organisation, qui se veut pacifique, citoyenne et apolitique, entend ainsi attirer l’attention sur les conditions de détention dans le pays et solliciter un geste de clémence présidentielle.

Ange Sama
Ange Sama plaide pour les détenues.

Dans son communiqué, le Mouvement rappelle que son initiative vise principalement les personnes en détention provisoire prolongée, les prévenus sans moyens, les détenus condamnés pour des faits mineurs ainsi que ceux oubliés ou sans représentation. Les personnes en situation sanitaire préoccupante figurent également parmi les cibles de ce plaidoyer.
Pour faire entendre leur voix, les citoyens sont appelés à produire eux-mêmes une vidéo, un format jugé simple, accessible et symboliquement puissant. Selon Ange Sama, cette démarche vise à « rendre visible l’invisible » et à encourager une justice empreinte d’humanité.

04 décembre : une mobilisation vidéo à l’échelle nationale

Le Mouvement DNC invite chaque Camerounaise et chaque Camerounais à poster, le 04 décembre, une courte vidéo dans laquelle ils prononceront clairement :
« En ce 04 décembre 2025, je demande humblement la grâce présidentielle de certains détenus pour plus d’humanité, de pardon et d’espoir. »

Libre à chacun d’apparaître assis, debout ou un genou au sol, selon son inspiration.
Toutes les vidéos devront être publiées avec le hashtag #DNC04Decembre afin de créer une vague d’expression nationale et de rendre la mobilisation visible aux yeux des décideurs.

L’appel intervient dans un contexte où les établissements pénitentiaires camerounais font face à de nombreuses difficultés, notamment la surpopulation carcérale, les détentions provisoires disproportionnées, les inégalités sociales touchant les plus pauvres, les cas de détenus oubliés et les problèmes sanitaires récurrents. Le Mouvement DNC estime que la Journée du 04 décembre doit permettre de replacer ces sujets sensibles au cœur du débat public.

Le Mouvement inscrit son action dans un esprit de respect institutionnel. Il exprime sa confiance envers le Président de la République, Paul Biya, et envers la Première Dame Chantal Biya, connue pour ses actions humanitaires. La DNC espère que cette mobilisation vidéo massive encouragera un geste présidentiel de clémence.

Le Mouvement invite l’ensemble des acteurs nationaux à se joindre à cette initiative : citoyens, leaders religieux, magistrats, parlementaires, organisations de la société civile et institutions judiciaires.


Pourquoi la vitamine A change la vie d’un enfant ?

Du 4 au 7 décembre 2025, la Délégation Régionale de la Santé Publique du Centre organise la Semaine d’Actions de Santé et de Nutrition Infantile et Maternelle (SASNIM2). Au cœur de la campagne : la vitamine A et le déparasitage, deux interventions essentielles destinées à 1 079 488 enfants de 12 à 59 mois dans les 28 districts. Quatre jours pour renforcer leur immunité et prévenir les carences.

L’Aire de santé d’Elig-Effa est prête pour la SASNIM2. Credit : Aire de santé d’Elig-Effa

Au briefing médias organisé à la Délégation Régionale de la Santé Publique du Centre, où j’ai assisté avec d’autres journalistes et créateurs de contenus, la vitamine A s’est imposé dès les premières interventions. Une petite capsule rouge, presque anodine, mais qui concentre à elle seule une grande partie des enjeux de la SASNIM2.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, la vitamine A reste l’un des outils les plus efficaces pour réduire la mortalité infantile. Elle protège la vue, soutient les défenses immunitaires et aide l’organisme à mieux encaisser les infections courantes. Nutrition International rappelle d’ailleurs que les enfants supplémentés tombent moins souvent malades et récupèrent beaucoup plus vite lorsqu’ils sont infectés.

Cette importance saute aux yeux lorsqu’on observe les réalités sanitaires de la Région du Centre. Dans les zones rurales comme dans les quartiers urbains densément peuplés, une carence en vitamine A suffit à fragiliser l’enfant : infections répétées, croissance ralentie, risques accrus de complications. Ici, chaque capsule compte.

Les bienfaits de la Vitamine A.
Les bienfaits de la Vitamine A.

Dans l’assiette, la vitamine A existe déjà

Pendant le briefing, plusieurs responsables ont rappelé que la supplémentation ne doit pas faire oublier l’alimentation quotidienne. La vitamine A se trouve dans de nombreux aliments accessibles, surtout dans un pays agricole comme le Cameroun.

Les nutritionnistes recommandent les sources animales — foie, œufs, poisson, lait entier — qui offrent une vitamine A immédiatement utilisable par l’organisme. Mais les jardins et marchés du Centre regorgent aussi d’options végétales riches en provitamine A : mangue, papaye, patate douce orange, carotte, feuilles vertes de manioc ou d’amarante.

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Ce sont des aliments simples, souvent populaires, qui peuvent renforcer la santé des enfants au quotidien. La capsule de la SASNIM2 n’est donc pas un remplaçant : elle vient plutôt consolider une base alimentaire parfois fragile.

Les aliments riches en Vitamine A

Le déparasitage : préparer le terrain pour la vitamine A

On ne parle pas souvent des “intrus tapis dans l’ombre”, comme l’a glissé avec humour un agent de santé lors du briefing. Pourtant, les vers intestinaux font partie des principaux ennemis du bien-être nutritionnel.

Selon l’OMS, ces parasites absorbent une partie des nutriments destinés à l’enfant, réduisent l’efficacité de la vitamine A et fragilisent l’organisme. Ils provoquent anémie, retard de croissance, fatigue chronique.

C’est pourquoi la SASNIM2 combine systématiquement la supplémentation avec un déparasitage au Mebendazole, un comprimé administré aux enfants de 12 à 59 mois.

Les moins de 12 mois, eux, ne sont pas concernés par la campagne. Ils sont déjà pris en charge par le Programme Élargi de Vaccination (PEV), qui inclut la vitamine A dans le calendrier de routine.

Calendrier de vaccination ! Crédit : PEV Cameroun

Selon Nutrition International, associer vitamine A et déparasitage multiplie les bénéfices : l’enfant absorbe mieux les nutriments, résiste davantage aux maladies, et son organisme reprend des forces. Deux interventions complémentaires, deux effets qui se renforcent.

Comment les équipes du Centre vont travailler ?

Un enfant recevant sa dose de Vitamine A
Un enfant recevant sa dose de Vitamine A. Crédit : PEV CAMEROON

Dans les 28 districts de santé du Centre, l’organisation est déjà en place. Superviseurs, relais communautaires et agents de terrain ont reçu leurs orientations. Objectif : ne laisser aucun enfant éligible sur le carreau.

Pendant la campagne, plusieurs méthodes se combineront.

Le porte-à-porte, d’abord. Il permet d’atteindre les familles dispersées, celles qui n’ont pas toujours le temps ou la disponibilité pour se rendre dans un centre de santé. Dans certains villages, les agents devront parfois marcher longtemps pour atteindre les concessions isolées.

Les postes fixes et temporaires, ensuite, installés dans les centres de santé, les marchés, les carrefours stratégiques. Des espaces où les familles peuvent venir spontanément pour faire supplémenter leurs enfants.

Enfin, les établissements scolaires serviront de relais précieux. Les enseignants encourageront les élèves à se présenter au poste le plus proche, et les équipes pourront toucher des centaines d’enfants en quelques heures.

Cette diversité de méthodes n’est pas un choix esthétique. Elle répond aux réalités du terrain. On ne touche pas les enfants de Dzeng, d’Obala ou d’Akonolinga de la même manière qu’à Nkolndongo, Efoulan ou Mvog-Ada. Le Centre est vaste, contrasté, parfois difficile d’accès. Mais l’objectif reste le même : protéger les enfants là où ils vivent.

Une capsule aujourd’hui, un avenir plus solide demain

Au fond, la vitamine A ne paie pas de mine. Une capsule avalée en quelques secondes. Un comprimé de Mebendazole croqué sans résistance. Et pourtant, derrière ce geste simple se cache quelque chose de beaucoup plus grand.

C’est une chance donnée à un enfant d’éviter une infection grave. C’est une protection de sa vue, de sa croissance, de son immunité. C’est une manière de dire que sa santé compte, vraiment.

Du 4 au 7 décembre, lorsque les équipes de santé frapperont aux portes de la Région du Centre, ce ne sera pas seulement pour distribuer des capsules. Ce sera pour rappeler une vérité essentielle : un enfant en bonne santé est un enfant qui peut grandir, apprendre, rêver et affronter le monde sans être freiné par des carences évitables.

Et parfois, tout commence avec une petite capsule de vitamine A.


Durel Epoh, sacré Wildlife Photographer of the Year par le Haut-Commissariat britannique

Durel Epoh, artiste photographe camerounais, a remporté le concours « Wildlife Photographer of the Year » 2025 du Haut-Commissariat britannique à Yaoundé. Il a accepté de se confier au Blog Voyage en hauteur sur cette distinction qui célèbre son regard sensible sur la biodiversité camerounaise. Son cliché gagnant, entre mémoire d’enfance et engagement écologique, rappelle l’urgence de préserver une nature qui s’efface.

Le 18 novembre dernier, le Haut-Commissariat britannique à Yaoundé a dévoilé le lauréat de son concours « Wildlife Photographer of the Year » 2025. Lancé en octobre, il visait à célébrer la biodiversité camerounaise et à sensibiliser aux réalités climatiques avant la COP30. Inspiré par l’exposition Wildlife Photographer of the Year, le concours a rassemblé des Camerounais de 18 à 40 ans. Il a encouragé les jeunes passionnés à photographier la faune, la flore et les paysages menacés. L’initiative a révélé des talents engagés pour la protection de l’environnement. Elle a sensibilisé le public à l’urgence climatique et rappelé la richesse du patrimoine naturel camerounais. Durel Epoh, artiste photographe pluridisciplinaire, est le lauréat de ce concours.

Durel Epoh gagnant du concours photo nature du Haut-Commissariat britannique à Yaoundé. Crédit : UK Ambassy Cameroon
Durel Epoh gagnant du concours photo nature du Haut-Commissariat britannique à Yaoundé. Crédit : British High Commission in Cameroon

Durel Epoh : un regard engagé sur la nature qui disparaît

Pour Durel Epoh, photographe pluridisciplinaire, cette distinction est bien plus qu’un prix. C’est une confirmation de sa vocation et un encouragement à poursuivre son travail sur la faune et la flore du Cameroun. « À l’annonce des résultats, j’étais très joyeux, car cela montre que je peux proposer quelque chose de pertinent dans la photographie de nature », confie-t-il.

Son cliché gagnant puise son inspiration dans son « quartier d’enfance autrefois luxuriant et plein de verdure qui attirait un ensemble d’animaux ». Aujourd’hui, ces espèces ont migré vers des zones plus reculées, victimes de l’urbanisation croissante. Ce constat, à la fois personnel et écologique, a guidé sa démarche artistique. « Je voulais vivre une expérience en tant que fan de National Geographic », explique Durel. Pour mettre en valeur ses sujets, il a travaillé la couleur et la composition afin de rendre visibles la beauté et la fragilité de la nature camerounaise.

Une sauterelle pygmée peinte (Dactylotum bicolor). Crédit : Durel Epoh
Une sauterelle pygmée peinte (Dactylotum bicolor). Crédit : Durel Epoh

Mais sa démarche dépasse la simple esthétique. « La biodiversité est une richesse à préserver pour le bien-être de l’Homme et pour renforcer l’économie du pays grâce au tourisme », précise-t-il. Les images qu’il produit ne se limitent pas à l’œil du spectateur. Elles servent d’outil de sensibilisation. Lors des présentations de ses clichés, il insiste sur « la richesse que l’on pourrait perdre si l’on n’agissait pas pour la conservation ».

Quelle place le tourisme occupe-t-il dans votre vie et dans votre travail photographique ?

La plage de Kribi.Crédit : Durel Epoh

Pour lui, le tourisme joue également un rôle central dans son art. « Le tourisme est non seulement une thérapie qui permet de s’épanouir, mais aussi une source d’inspiration », explique-t-il. Ses images font découvrir des lieux que beaucoup ne voient qu’en rêve et des espèces rares. Elles offrent une expérience immersive tout en alertant sur les risques liés à la perte de biodiversité. Il reste cependant lucide. « Le tourisme est un atout pour l’économie, mais c’est aussi un risque, car les visiteurs peuvent faciliter la propagation de maladies dangereuses pour les animaux », confie-t-il.

Son projet à venir est ambitieux et concret. Durel souhaite établir des collaborations avec des ONG, des parcs nationaux et des communautés locales, pour documenter la biodiversité sur le terrain. Il aspire également à créer du contenu visuel pour les offices de tourisme. Liant art et valorisation durable du patrimoine naturel camerounais.

Rappelons que cette distinction au concours photo nature du Haut-Commissariat britannique au Cameroun n’est pas sa seule récompense en 2025. En août dernier, Durel Epoh a décroché premier prix en photojournalisme au Grand Prix Francophilie des Médias 2025. Cette distinction a renforcé sa confiance et accru l’attention portée à son travail. Avec ce nouveau prix, il confirme sa capacité à marier esthétique, engagement et message écologique.

Un concours qui s’inscrit dans une diplomatie verte déjà bien installée

Le concours photo organisé par le Haut-commissariat du Royaume-Uni à Yaoundé, Cameroun ne s’inscrit pas dans le vide. Il fait partie d’une stratégie globale de diplomatie verte menée depuis plusieurs années au Cameroun. L’ambassade du Royaume-Uni soutient diverses initiatives visant à protéger et valoriser les écosystèmes, tout en impliquant les communautés locales et le secteur privé.

Parmi ces initiatives, le Biodiverse Landscapes Fund se distingue. Ce programme, doté de 100 millions de livres sterling, finance la restauration des écosystèmes et le soutien aux communautés du bassin du Congo, dont plusieurs zones au Cameroun. Son objectif est de ralentir la perte de biodiversité tout en créant des opportunités économiques locales.

Le Royaume-Uni s’engage également à mobiliser le secteur privé pour des actions climatiques concrètes. Via des subventions ciblées, des entreprises camerounaises ont été incitées à adopter des modèles à faible émission de carbone et à soutenir des projets de conservation locaux. En 2022, une subvention de 10 000 £ a été accordée pour renforcer la capacité d’initiatives locales et attirer de nouveaux partenaires, renseigne le site internet britannique.

En juin 2025, la UK-Cameroon Climate Week a mis en lumière un autre volet de la diplomatie verte britannique. La publication du livre Important Plant Areas of Cameroon. Réalisé en collaboration avec l’IRAD et les Royal Botanic Gardens de Kew, l’ouvrage identifie 49 sites critiques pour la biodiversité végétale, abritant plus de 850 espèces menacées, et propose des recommandations pour leur conservation (gov.uk).

La publication du livre Important Plant Areas of Cameroon. Crédit : British High Commission Yaounde

Durel Epoh, « Wildlife Photographer of the Year » 2025

Le canari. Crédit : Durel Epoh concours « Wildlife Photographer of the Year » 2025.
Le canari. Crédit : Durel Epoh

Ainsi, le concours « Wildlife Photographer of the Year » n’est pas isolé. Il s’inscrit dans un ensemble d’actions visant à protéger la biodiversité camerounaise, à sensibiliser le public, à valoriser le tourisme durable et à soutenir une nouvelle génération de talents engagés, à l’image de Durel Epoh.

À travers ce prix, le Haut‑Commissariat britannique à Yaoundé réussit à combiner art et diplomatie environnementale, donnant aux jeunes photographes une plateforme pour s’exprimer tout en sensibilisant le public à la richesse et à la fragilité du patrimoine naturel camerounais. Les images de Durel, à la fois personnelles et universelles, témoignent de l’urgence de préserver la nature tout en célébrant sa beauté, et rappellent que chaque initiative, même artistique, peut devenir un levier de changement concret.


Sotigui Awards 2025 : Thérèse Ngono consacre Frank Thierry Léa Malle “dénicheur de talents”

Thérèse Ngono a été sacrée meilleure actrice de l’Afrique centrale aux Sotigui Awards 2025. Dans son message lors de la réception de son trophée, elle a rendu un vibrant hommage à Frank Thierry Léa Malle, reconnaissant l’impact considérable du réalisateur dans l’obtention de cette distinction.

L’émotion est perceptible sur le visage de Thérèse Ngono. En cette soirée du samedi 15 novembre à Ouagadougou, l’actrice a reçu un sacre qui restera gravé à jamais dans sa mémoire. Elle repart du Burkina Faso avec le Sotigui du Meilleur Acteur d’Afrique centrale pour son rôle dans le long métrage de fiction Indomptables de Thomas Nguidjol. Une belle consécration pour cette Camerounaise au jeu d’actrice profond et authentique.

Thérèse Ngono, sacrée Meilleure Actrice d’Afrique centrale aux Sotigui Awards 2025 pour son rôle dans  »Indomptables » de Thomas Nguidjol. Crédit : Académie des Sotigui

Dans son discours, Thérèse a tenu à remercier particulièrement le réalisateur Frank Thierry Léa Malle, rappelant qu’elle était la tête d’affiche de son deuxième long métrage, L’Accord.

« Je veux remercier les réalisateurs qui ont cru en moi, en particulier Frank Thierry Léa Malle. Je le dis parce que si je suis nommée aujourd’hui pour le film Indomptables de Thomas Nguidjol, c’est grâce au film L’Accord de Frank Thierry Léa Malle, dans lequel j’incarne un personnage clé. Thomas, qui vit en France, a vu ce film et a dit : “C’est elle que je veux dans mon film.”
Frank Thierry Léa, je te dis infiniment merci. Comme je t’appelle toujours, mon boss, tu es celui qui a cru en moi. Tu m’as tenue par la main. Tu m’as soutenue. Tu m’as toujours dit : “Tu seras au sommet.” »

Thérèse Ngono

J’ai eu des frissons en regardant cette vidéo publiée sur la page Facebook de FT Léa Malle. Une larme d’émotion a même coulé au coin de mon œil droit. C’est une magnifique marque de reconnaissance. Le commentaire de France Elem’s sous cette publication a particulièrement retenu mon attention :

« Tu finis toujours par dénicher, même loin dans les universités, avant que d’autres réalisateurs ne les voient aussi. Je suis témoin de ce qu’elle dit.
Elle a raison ! »

France Elem’s

Oui, Frank Thierry Léa Malle est un véritable “dénicheur de talents”.

Frank Thierry Léa Malle, le “dénicheur de talents”

Frank Thierry Léa Malla et son trophée du meilleur scénario aux LFC AWARDS 2022. Credit : Le Film Camerounais Awards
Frank Thierry Léa Malla et son trophée du meilleur scénario aux LFC AWARDS 2022. Credit : Le Film Camerounais Awards

Il est sans aucun doute l’une des figures majeures du cinéma camerounais. En seulement dix années, le lauréat du concours 10 jours pour un film (meilleur scénario) aux Écrans Noirs 2016 a réussi à imposer son nom dans l’univers artistique et professionnel qu’il a choisi. Scénariste, réalisateur, producteur et enseignant d’université, le propriétaire de la maison de production Inception Arts and Com s’est donné pour mission de transmettre son savoir et de révéler les talents.

Dans chacun des sept films qu’il a réalisés, il s’est entouré de jeunes apprenants et de pépites qu’il a exposés au monde. C’est le cas de Mes Vampires (2016), où Sonita Fabiola Mbesso crève l’écran lors de sa toute première apparition où elle est sacrée Meilleure actrice dans un court-métrage lors de la première édition des LFC Awards, en 2018. Cela lui ouvre ensuite la porte de Les délires de Takam (2020) de Ghislain Amougou, Révélations Scandaleuses (2025) d’Ebenezer Kepombia et Pouvoir et Loi, Saison 2 (2025) de Mbro Lath. Landry Beyeme et Virginie Ehana font leurs débuts au cinéma dans Point de vue (2016), puis confirment leur talent dans Innocent(e) (2019) de Frank Thierry. Ce film permet à Virginie Ehana de recevoir son premier trophée : celui de la meilleure interprétation féminine au festival Yarha 2020.

Léa Malle est allé tirer les doyens Eshu Rigo et Tatiana Matip de leur sommeil artistique pour Angles (2018). Eshu Rigo, homme de théâtre, effectue grâce à ce projet une transition réussie vers le 7ᵉ art. Depuis, il enchaîne les tournages de films et de séries. En 2021, il reçoit d’ailleurs le Sotigui du Meilleur acteur masculin en Afrique grâce à son rôle de M. Mbarga dans la série Madame… Monsieur. Quant à Tatiana Matip, elle n’avait plus offert de prestation remarquée au grand écran depuis Confidences (2007) de Cyrille Masso, malgré plusieurs rôles dans des courts et longs métrages. Sa performance dans Innocent(e) (2019) de FT Léa Malle bat tous les records. Ce film permet également de révéler Noël Ferdinand Tiognou Tadzong « Double T » et Fidèle Ngo Bayigbedeg, qui marquera plus tard les téléspectateurs dans la série La Bataille des chéries (2023) d’Ebenezer Kepombia.

L’Accord (2023) contribue aussi à l’éclosion de nouveaux talents tels que Jakin Touwole, devenu aujourd’hui la sensation de la série 12 cas de Blaise Option, ainsi que Vanessa Ambassa, qui joue dans la série Ewusu de Françoise Ellong. C’était pourtant leur première incursion au cinéma. Ce film de FT, plusieurs fois primé, permet aussi à Thérèse Ngono, habituée des plateaux, de renforcer son capital sympathie auprès des cinéphiles et de remporter un prix important.

« L’Accord », un tremplin pour Thérèse Ngono

Thérèse Ngono dans le film "L'accord"
Thérèse Ngono dans le film « L’accord ». Crédit : Inception Arts and com

Comme Thérèse Ngono l’a rappelé durant la cérémonie des Sotigui Awards, c’est grâce au film L’Accord qu’elle se retrouve aujourd’hui sur le plateau de Thomas Nguidjol. Ce long-métrage raconte l’histoire tragique de Flora Mebwoua (interprétée par Vanessa Ambassa), abusée lors d’une fête organisée par son amoureux, Cédric Koum (incarné par Jakin Touwole), fils unique d’une famille aisée. Les rapports ou alors l’accord (ou non) entretenu(s) entre ces deux familles que tout oppose, va tisser l’intrigue du film.

Dans le rôle de Gertrude Mebwoua, la mère de Flora, Thérèse Ngono livre une prestation magistrale. Elle incarne avec justesse ce personnage maternel à la fois anxieux, fort et réaliste. Comme le souligne la critique de cinéma Pélagie Ng’onana :

« Thérèse Ngono, interprète de Gertrude, la mère de la famille Mebwoua, fait corps avec son personnage. On y retrouve toute la délicatesse, la générosité, la franchise et la spontanéité de ces mamans africaines, rompues à la tâche et mamelles nourricières de leurs familles. Sachant manier le bâton et la carotte, Gertrude Mebwoua n’hésite pas à associer sa langue maternelle au français pour exprimer ses désarrois ! »

Pélagie Ng’onana

Cette performance lui avait valu une nomination aux LFC Awards 2022 dans la catégorie Meilleure Actrice Camerounaise. La récompense était finalement revenue à Nimo Loveline (The Planter’s Plantation). Mais comme le dit l’adage : « Une de perdue, dix de retrouvées. »

En effet, trois ans plus tard, L’Accord lui permettait de décrocher le rôle principal dans Indomptables (2025) de Thomas Nguidjol, grâce auquel elle est sacrée Meilleure Actrice d’Afrique centrale aux Sotigui Awards 2025. Une véritable révélation. Elle était également nominée dans trois catégories majeures — Sotigui du public africain, Sotigui d’or et Sotigui du meilleur acteur Afrique centrale — confirmant son impact grandissant sur le cinéma africain.

Thérèse Ngono, sacrée Meilleure Actrice d’Afrique centrale aux Sotigui Awards 2025. Crédit : Académie des Sotigui
Thérèse Ngono, sacrée Meilleure Actrice d’Afrique centrale aux Sotigui Awards 2025. Crédit : Académie des Sotigui

D’autres Camerounaises se sont également distinguées lors de cette prestigieuse cérémonie burkinabè : Rosine Nguemgaing, Meilleur jeune acteur africain pour Classe à part ; Hortavie Mpondo, Sotigui du public africain.

Notons que Thérèse Ngono, également nominée dans cette catégorie, avait humblement invité son public à voter pour Hortavie.

Inception Arts and Com : une pépinière de talents

La reconnaissance exprimée par Thérèse Ngono envers Frank Thierry Léa Malle prouve le travail remarquable accompli par sa maison de production Inception Arts and Com.

Inception est véritablement un réservoir de premiers rôles. Dans son dernier long métrage, Agents un peu trop secrets, Frank Thierry Léa Malle a offert une première apparition au cinéma à une belle brochette d’humoristes et web-comédiens notamment Joys Sa’a, Delpiso Manga, Frida Choco Bronze, Carlès-Antonio et Raïssa Chimala.

Serdin Yakam en pleine formation au First Step by Inception Arts and com. Crédit : Inception Arts and com

Basée à Biyem-Assi TKC, la maison de production fonctionne aussi comme une véritable école de formation. En 2022, le réalisateur a lancé les ateliers First Step, un programme d’initiation à l’écriture de scénario et à la réalisation. À l’issue de cette formation, les apprenants — Viridiane Ndzomo, Lille Rose, Gabin Eteme, Dao Dao Sony, Nelly Dzoffou, Mylena Bindzi, Stéphane Ndongo et Serdin Yakam — ont créé le label Youth Films, jeune maison de production aujourd’hui dirigée par Serdin Yakam. Ils ont déjà produit Alida (2022), AMAM – Aide-Moi à Mourir (2024) et IOS – It’s Our Secret (2025).

Soutenu par sa passion pour le cinéma camerounais, Serdin Yakam, réalisateur et responsable du média ActuaCiné, organise depuis 2023 le REPACI – Rencontres et Partages Cinématographiques – un événement dédié à la mise en relation entre les jeunes cinéastes et les professionnels du septième art. En 2025, le REPACI célèbre sa troisième édition, du 11 au 13 décembre, et Voyage en Hauteur, partenaire depuis la première édition, propose une randonnée historique à la gare de Maka, à Bomono près de Bonaberi, pour explorer les grandes dates et moments clés du cinéma camerounais.

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C’est la preuve que Frank Thierry Léa Malle a le don de faire germer les graines de talents dans l’univers du cinéma !


Serge Bonny… entre sourire et amour des médias

Une année s’est écoulée depuis que Serge Bonny a rangé sa plume pour l’éternité. La vie de ce jeune journaliste était entièrement dédiée aux médias : journalisme, animation, rédaction web… mais surtout, la bonne humeur. En ce 14 novembre, où il célèbre sa « noce de coton » avec l’au-delà, je souhaite honorer sa mémoire.

Nos chemins se sont croisés en 2018 au Club Communication de l’Université de Yaoundé I. J’y découvre alors qu’il est mon cadet académique en anthropologie. Il marque les esprits par sa simplicité, sa bonne humeur, sa belle énergie, mais surtout par sa plume. Serge Bonny offre de belles prestations au sein de l’émission Cop’s sur les Ondes, programme vitrine du club diffusé tous les samedis sur Radio Campus UY2.

Fidèle disciple du professeur Mbonji Edjenguele, alors chef du département d’anthropologie, l’étudiant place la promotion de la culture au centre de ses préoccupations. C’est ainsi que « monsieur culture » devient rapidement le chroniqueur vedette du « Culturama », une page spéciale dédiée aux actualités culturelles et artistiques, universitaires et nationales. La rubrique, d’une durée de cinq minutes, rencontre un grand succès sous sa présentation. Sept ans après, les papiers « Culturama » de Serge Bonny, bien rangés dans les archives du club, servent de boussole aux nouveaux membres qui souhaitent s’inspirer de sa plume.

Club communication de l'Université de Yaoundé 1
Serge faisant un selfie avec les membres du Club Communication de l’université de Yaoundé 1 (2018). Crédit : Patrick Junior Serge Mbida

Art’V, média culturel… le véritable héritage de Serge Bonny

Serge Bonny avait pour leitmotiv : « Regarde et pense art ». C’est dans cet esprit qu’en novembre 2020, il crée le blog Art’V, un média essentiellement culturel. Loin de se limiter à la musique et au cinéma, il voulait couvrir les douze arts. Il me sollicite pour les volets littérature et arts culinaires, domaines qui me passionnaient à cette époque. Sandrine Egolo s’occupait du cinéma, Dany Essam de la musique, et Serge du patrimoine culturel camerounais. Le projet aura fonctionné pendant deux ans. Il voulait supprimer le site, mais je m’y suis opposé — avec raison.

Il faut le dire : cette année à « doubles vingt » fut un véritable tremplin pour la carrière de cet amoureux des métiers de la communication. Après une formation en marketing digital pendant les vacances, il participe à un programme de mentorat en blogging. Mais sa véritable entrée dans la rédaction web commence avec un stage chez Laura Dave Media.

De stagiaire à pilier de Laura Dave Media

Serge a d’ailleurs raconté un pan de cette histoire dans un billet de blog :

« Depuis janvier 2020, j’ai décidé de faire corps avec les métiers de la communication grâce à un stage que j’ai décroché au sein de Laura Dave Media, un média sur le web dont la ligne éditoriale tourne autour de la culture, des peoples, du sport, bref, une Afrique positive. J’y étais stagiaire rédacteur web pour une durée de 2 mois. »

Serge Bonny

Depuis lors, il n’a plus jamais quitté la rédaction, jusqu’à sa disparition le 14 novembre 2024, des suites de maladie. « Serge Bonny est l’un des pionniers de la maison Laura Dave Media et Production. Il a servi le groupe pendant 5 ans avec ardeur, loyauté, abnégation et engagement », expliquait la promotrice Laura Dave dans son message de condoléances.

Très apprécié de sa patronne comme de ses collègues, Serge avait d’ailleurs été élu « meilleur employé du mois » de juin 2023. Il a laissé une trace indélébile dans le cœur de ses collaborateurs, comme en témoigne l’article publié le soir de son inhumation, le 14 décembre 2024. Sa marque : son talent, son professionnalisme et sa joie de vivre contagieuse.

Serge Bonny, employé du mois de juin 2023 à Lara Dave Media.
Serge Bonny, employé du mois de juin 2023 à Lara Dave Media. Crédit : Laura Dave Media

Du Premier Prix Presse Digitale au Prix Serge Bonny

Il n’y avait pas que ses collègues pour apprécier Serge Bonny : les lecteurs également. Ses articles avaient toujours une touche d’originalité, portée par la justesse de sa plume, sa culture générale et son sens du détail. C’est ce qui le distingue au Grand Prix Francophilie des Médias 2023, dont le thème était « L’Afrique culturelle dans le monde ». Il y remporte le « Premier Prix Presse Digitale », distinction qu’il cède en 2024 à son compatriote camerounais Christian William Kakoua.

Serge Cryspo Ngando, Premier Prix Presse Digital au Grand Prix Francophilie des Medias 2023. Crédit : Réseau des Journalistes Culturels du Cameroun.
Serge Cryspo Ngando, Premier Prix Presse Digital au Grand Prix Francophilie des Medias 2023. Crédit : Réseau des Journalistes Culturels du Cameroun.

En 2025, cette catégorie a été rebaptisée en son honneur. Le Prix de la Presse Digitale est officiellement devenu le Prix Serge Bonny. L’annonce est faite pour la première fois lors du « Prix Cultura », en Côte d’Ivoire, quelques jours après son décès. Par ce geste fort, la promotrice de l’événement, G-Laurentine Assiga, rend un hommage symbolique et éternel à Serge Bonny, journaliste et membre du Réseau des Journalistes Culturels du Cameroun. Sa famille, présente à cette dernière édition, a remis le prix au Béninois Chamsou-dine Baguiri, lauréat 2025, dans une ambiance chargée d’émotion.

Distributeur automatique de sourire !

Impossible de conclure ce texte sans un gros plan sur son sourire. Je l’ai dit plus haut : Serge ne se séparait jamais de son sourire. Il savait partager la bonne humeur et adoucir les cœurs. Il avait ce don rare : apporter de la lumière et de la gaieté dans les pièces les plus sombres. Et que dire de son style vestimentaire ! Toujours soigné et élégant, comme tout bon Sawa qui se respecte.

Bonny
Toujours élégant !

Serge Bonny, merci.


Présidentielle 2025 : pourquoi tant de violence ?

Les élections devraient être ces moments où la nation respire, où la voix du peuple s’élève comme une prière pour le changement. Mais au Cameroun, cette respiration a souvent l’odeur du gaz lacrymogène

Sans surprise, Paul Biya a encore gagné. À 92 ans, le “vieux lion” du Cameroun prolonge l’un des plus longs règnes politiques au monde. Le 27 octobre 2025, le Conseil constitutionnel a confirmé sa victoire à la présidentielle du 12 octobre, avec 53,66 % des suffrages. Face à lui, son ancien ministre devenu opposant, Issa Tchiroma Bakary, crie à la fraude et affirme détenir les vrais chiffres : 54,8 % pour lui, contre 31,3 % pour Biya.

Le président du Front pour le Salut National du Cameroun (FNSC) appelle ses partisans à descendre dans la rue, pacifiquement. Il parle de “vérité des urnes”. Très vite, les chants se transforment en cris, les pancartes en pierres, et les boucliers en murs infranchissables.

Le feu, le chaos… et les vies perdues

À Douala, le marché central s’embrase. Des boutiques pillées, des stations-service incendiées. À Bafang, la permanence du RDPC n’est plus qu’un souvenir calciné.
À Bertoua, des véhicules de police brûlent, et à Mandjou, une sous-préfecture tombe sous les flammes. Dans tout le pays, les flammes dévorent l’espoir comme une brousse sèche en saison sèche.

Les manifestants ont pris d’assaut la brigade de gendarmerie de Nkoulouloun à coup de lance pierres. En riposte, les gendarmes ont répondu par des tirs « à balles réelles ». Légitime défense ? Human Right Watch parle d’un usage disproportionné de la force. Ces actes, condamnables, ont ajouté de la douleur à la colère. Et quand la colère s’en mêle, c’est souvent l’innocent qui paie la note.

Manifestants face à la police ! Crédit : AFP

Mais au cœur de ce chaos, il y a ce chiffre qui glace : quatre personnes tuées dimanche dernier à Douala. Le gouverneur de la Région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, l’a confirmé dans un communiqué officiel : « Ces individus ont attaqué la brigade de gendarmerie de Nkoulouloun et les commissariats de sécurité publique des 2ᵉ et 6ᵉ arrondissements (…) et quatre personnes ont malheureusement perdu la vie. »

Le pillage, l’autre visage de la folie

Station service Bocom sacagé à Douala. Crédit : Bertrand

Au-delà des slogans et des balles, une autre violence s’est installée : celle des badauds qui profitent du chaos. Des vidéos circulent sur les réseaux : à Douala, des hommes et des femmes emportant des palettes de poissons du dépôt Congelcam, comme s’ils avaient trouvé un trésor tombé du ciel. L’image la plus insolite — et la plus triste — montre un homme qui s’éloigne calmement, trois bouteilles à la main, issues du pillage et de l’incendie de la station Tradex voisine.

« Gaz-man » nom attribué au jeune homme qui a porté trois bouteilles de gaz dans le pillage d’une station Tradex a Douala. Crédit : Pintou

Mais derrière cette ivresse du gain facile se cachent des ruines : des centaines, peut-être des milliers de Camerounais vont se retrouver sans emploi, du jour au lendemain.
Les entreprises détruites, les stations incendiées, les commerces saccagés, ce sont autant de familles plongées dans la précarité.

Le désordre n’a jamais libéré un peuple ; il l’a toujours enchaîné à la misère.

Qui écoutera enfin la douleur des Camerounais ?

Le bilan humain est lourd. Des familles pleurent, pendant que les autorités promettent des poursuites judiciaires. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) appelle à la retenue. L’Union européenne s’inquiète, Amnesty International demande des comptes. Mais au milieu de ces communiqués, une question demeure :
qui écoutera enfin la douleur des Camerounais ?

Les élections sont finies, mais la blessure reste ouverte. Le Cameroun, notre pays, mérite mieux que cette spirale où la politique se conjugue toujours avec la violence. La démocratie n’est pas un combat de rue, c’est une promesse à tenir.

Alors, que chacun — pouvoir, opposition, société civile — fasse sa part pour que 2025 ne soit pas juste une autre année perdue dans la fumée.

Parce qu’à force de pleurer nos morts, nous finirons par oublier de rêver notre avenir.


Sorel Fabiola MEMIKAM : « La dame a refusé le vaccin parce que c’était un homme »

Du 20 au 25 octobre 2025, le Cameroun célèbre la 37e Journée mondiale de lutte contre la poliomyélite. Cette année, la campagne met le genre au cœur des stratégies de vaccination. À Nkolmesseng, Sorel Fabiola Memikam, étudiante en deuxième année de maïeutique, se souvient de sa mission d’octobre 2024 comme si c’était hier. Quatre jours de marche, de portes à frapper, de parents à convaincre… et d’enfants à vacciner. Et parfois, des réactions inattendues, où le simple fait d’être un homme ou une femme pouvait tout changer. Entre seringues et sourires, Fabiola glisse quelques souvenirs de Baloum, son village natal aux grottes profondes, aux danses secrètes… et aux femmes qui font caler les touristes.

Voyage en hauteur : Pourquoi avoir choisi de participer à la campagne de vaccination ? Tu aurais pu refuser.

Je n’ai pas refusé parce que je suis convaincue que la vaccination est une très bonne chose. La poliomyélite est une maladie extrêmement dangereuse, surtout pour les enfants de moins de 5 ans. Elle fait partie des cinq principales maladies que l’on peut éviter grâce à la vaccination. Elle peut entraîner des paralysies irréversibles et, dans certains cas, la mort. Lorsqu’un cas est suspecté, même avant la confirmation en laboratoire, il faut réagir immédiatement. Cela signifie lancer une campagne de vaccination dans la zone touchée et, si nécessaire, dans tout le territoire. C’est une urgence sanitaire. La rapidité de la réponse est essentielle pour éviter une propagation. Le vaccin est sûr, efficace, et reste notre meilleure arme contre le poliovirus. Se faire vacciner, c’est se protéger et protéger les autres.

Du 20 au 25 octobre 2025, le Cameroun célèbre la 37e Journée mondiale de lutte contre la poliomyélite. Crédit : PEV Cameroon
Voyage en hauteur : Quel est le mode de transmission ?

La poliomyélite se transmet principalement par la voie fécale-orale, c’est-à-dire par ingestion d’eau ou de nourriture contaminée par les selles d’une personne infectée. Elle peut aussi se propager par inhalation de sécrétions oropharyngées, comme celles produites en toussant ou en éternuant. La maladie est très contagieuse et le virus est le plus transmissible avant et après l’apparition des symptômes. Les enfants sont les plus exposés.

Voyage en hauteur : Comment se passe la mobilisation des agents de vaccination sur le terrain ?

La campagne dure quatre jours. Le premier jour, nous nous retrouvons au centre de santé pour recevoir les consignes. On nous apprend à coder les portails des maisons selon le nombre d’enfants et leur statut vaccinal. Le deuxième jour est consacré à la descente dans les écoles. Le troisième jour, nous faisons du porte-à-porte pour atteindre les enfants non scolarisés. Le quatrième jour est dédié à la révision pour s’assurer que toutes les zones ont été couvertes.

Voyage en hauteur : Est-ce que les parents sont réceptifs ?

J’ai observé deux attitudes. Certains parents sont bien informés et accueillent favorablement la vaccination, ce qui est encourageant. D’autres, par ignorance ou peur, sont réticents. Ils pensent parfois que nous voulons contaminer leurs enfants. Dans ces cas, pour les convaincre, nous expliquons les conséquences de la maladie, notamment la paralysie.

Administration du vaccin polio-oral aux enfants de 0 à 5 ans. Crédit : Sorel Fabiola Memikam
Administration du vaccin polio-oral aux enfants de 0 à 5 ans. Crédit : Sorel Fabiola Memikam

Voyage en hauteur : As-tu une anecdote du terrain à partager ?

Oui ! Je me souviens d’une dame vivant dans une zone marécageuse avec ses quatre enfants. Elle ignorait tout des vaccins et ses enfants souffraient du paludisme. Nous lui avons conseillé d’utiliser des moustiquaires imprégnées et l’avons sensibilisée sur les vaccins contre la poliomyélite. Elle avait accepté la vaccination de ses enfants. Elle était très reconnaissante.

Voyage en hauteur : Quel message adresses-tu aux parents encore réticents ?

Chers parents, si nous prenons le temps de venir vers vous, c’est pour sauver vos enfants. Même s’ils ne sont pas malades aujourd’hui, le vaccin est la meilleure prévention. La poliomyélite est grave, et notre action est pour leur bien.

La vaccination est le meilleur moyen de prévenir la survenue des paralysies causées par le virus de la poliomyélite ainsi que des maladies évitables par le vaccin.

Faisons vacciner nos enfants âgés de 0 à 5 ans contre la poliomyélite ! »

A lire aussi : Tchakounte Kemayou « la poliomyélite m’a empêché de faire le tour du Cameroun »

Voyage en hauteur : As-tu rencontré des difficultés sur le terrain en raison de ton genre ?

Non, au contraire. Une fois, mon collègue et moi sommes arrivés chez une dame en bas d’une colline. J’étais fatiguée, alors il est descendu seul. Mais la dame a refusé de le recevoir parce qu’il était un homme et venait du Nord-Ouest. Quand elle m’a vue, elle a accepté les vaccins.

Sorel Fabiola Memikam, fille Baloum.
Sorel Fabiola Memikam, fille Baloum.
Voyage en hauteur : Quelle est la place du tourisme dans ta vie ?

Le tourisme, c’est comme un livre. Quand tu le lis, tu t’impliques dans son histoire.

Mon village ! Il faut absolument visiter Baloum. Il y a de bons plats, de belles femmes, et un vivre-ensemble incroyable.

Voyage en hauteur : Quelles destinations as-tu déjà visitées ?

La destination qui me tient le plus à cœur, c’est mon village Baloum, situé dans le département du Menoua, à l’Ouest du Cameroun. Il abrite une grotte impressionnante qui, autrefois, servait de refuge pendant les périodes de guerre. J’y suis allée une seule fois, mais cette visite m’a profondément marquée. La grotte est si vaste qu’on peut facilement s’y perdre. On y trouve encore des ossements, preuve que des humains y ont vécu il y a plusieurs années. 

Baloum, c’est aussi la chefferie, un lieu fascinant qui incarne notre culture et notre organisation traditionnelle. C’est également le festival culturel.

En décembre 2019, j’ai eu la chance de participer au festival culturel « Ne Touoh Lah » dans mon village Baloum, et c’était tout simplement magique. Ce rassemblement a réuni les filles et fils du terroir autour de Sa Majesté Noussi Pokam Charly Constant, notre chef. Les danses traditionnelles comme le Kouhgan et le couronnement de Miss Baloum ont rythmé les journées.  

L’ambiance était incroyable, les couleurs, les sons, les sourires… tout respirait le vivre-ensemble. Pour moi, ce moment reste un souvenir précieux, une vraie célébration de notre identité et de notre avenir.

Voyage en hauteur : Tu vis à Bamenda, une ville touchée par la crise sécuritaire. Qu’est-ce qui pourrait attirer les touristes s’il n’y avait pas la guerre ?

Malgré la guerre, les gens vivent à Bamenda. C’est une ville propre, avec des habitants disciplinés.

Sorel Fabiola Memikam a l'hôpital régional de Bamenda.
Sorel Fabiola Memikam a l’hôpital régional de Bamenda.
Voyage en hauteur : Comment vivez-vous avec la crise ?

On court pour survivre !

Voyage en hauteur : Qu’aimerais-tu visiter au Cameroun ?

J’aimerais visiter tout le Grand Nord, surtout Ngaoundéré.

Voyage en hauteur : Si un touriste étranger te demande un lieu à visiter absolument ?

Mon village ! Il faut absolument visiter Baloum. Il y a de bons plats, de belles femmes, et un vivre-ensemble incroyable.

Voyage en hauteur : Un mot de fin pour encourager les gens à visiter le Cameroun ?

Je ne vais pas les conseiller de venir (éclat de rire). La vie est chère, les routes sont mauvaises, et il y a un peu d’insécurité. Mais il y a quand même de grands hôtels.


Tourisme et santé mentale : ces voyages qui soignent l’âme

Chaque 10 octobre, la planète marque une pause pour parler de ce que nous négligeons trop souvent : la santé mentale. Une occasion précieuse pour parler de bien-être, de stress, de résilience, de dépression, d’anxiété, de burn-out… et aussi de tourisme. Oui, voyager, randonner, découvrir un nouveau lieu peuvent apaiser le mental, éclaircir les pensées, et même, dans certains cas, sauver une vie.

Mon refuge s’appelle nature

Je suis de ceux qui trouvent la paix dans la marche. Quand tout va mal, quand les idées deviennent lourdes, je lace mes chaussures et je m’éloigne. À chaque randonnée, je dépose un peu de ce poids invisible au bord du sentier.

Un lieu m’a particulièrement marqué : le lac de Minkoayos, situé près de Nkolbissong, dans le septième arrondissement de Yaoundé. Là-bas, le calme n’est pas qu’un mot : c’est une sensation. Le bleu profond de l’eau, la densité des arbres autour, les oiseaux au loin… J’y suis allé lors d’une période difficile, et je me souviens encore de ce moment où, face au lac, j’ai simplement respiré. Longtemps. En silence. Et j’allais mieux.

Le lac Minkoameyos, aussi connu sous le nom de Lac Razel, est un lac artificiel situé à Yaoundé, au Cameroun, créé par un barrage sur la rivière Mefou. Crédit : Sidoine FEUGUI

A lire aussi : Ma Saint-Valentin au Park du lac de Minkoameyos : Un havre de paix en plein développement

Plus loin dans le temps, j’ai visité le lac Tison à Ngaoundéré. Ce jour-là, la pluie menaçait et mon moral n’était pas au beau fixe non plus. Mais une fois arrivé sur place, malgré les flaques, la boue et le froid, j’ai ressenti une joie simple, indescriptible. Celle de me reconnecter à moi-même, loin du bruit, du stress. Ce lac de cratère s’étend paisiblement au creux d’un écrin de verdure, ses eaux verdâtres frémissant sous les premières gouttes. Autour, les collines tapissées d’arbres formaient une barrière naturelle, comme si le monde extérieur n’existait plus. Ce silence, seulement troublé par le chant discret des oiseaux et les commentaires des compagnons de visite, m’a enveloppé d’une sérénité. Cette visite sans doute l’un de mes plus beaux souvenir de voyage.

Une randonnée, une vie sauvée

Mais s’il y a un souvenir que je garde au plus profond de mon cœur, c’est celui de cette randonnée au mont Yéyé, avec Anne, une amie très proche. Un jour avant, elle m’avait appelé. Sa voix tremblait. Elle m’a dit : « Je suis fatiguée. J’en peux plus. J’ai envie de tout arrêter », et après un moment d’hésitation, nous avons convenu de faire une randonnée ensemble.

Nous avons marché, parlé, respiré pendant plus de deux heures. En haut, le paysage était sublime. Le vent soufflait doucement. Le soleil perçait à travers les nuages. Et là, Anne s’est tournée vers moi et a dit :

« J’étais venue en pensant que ce serait peut-être ma dernière balade. Mais là, maintenant, j’ai envie de vivre encore. Je me sens légère. Merci. »

Ce jour-là, j’ai compris que la nature ne juge pas, elle accueille. Et qu’un simple moment passé en pleine nature peut changer une trajectoire.

Besoin de faire une randonnée pour décompresser ? Laisse moi un message.

Le regard du psychologue : « Le tourisme est une thérapie douce pour la santé mentale. »

Pour mieux comprendre ce lien entre tourisme et santé mentale, j’ai échangé avec le psychologue Kloran Sardou, président de l’association S.O.S Santé Mentale et Bien-Être pour tous basée à Yaoundé.

« Le tourisme peut être un levier puissant de mieux-être psychologique. Voyager, c’est s’offrir une parenthèse, une respiration, un espace de reconnexion à soi. Le fait de bouger, d’être exposé à la lumière naturelle, de faire une activité physique comme la marche ou la randonnée, déclenche la libération d’endorphines, les fameuses hormones du bonheur. Voyager, c’est souvent offrir à son cerveau un reset émotionnel. »

Il insiste également sur l’importance de déculpabiliser le besoin de s’évader. Ce n’est pas de la fuite. C’est parfois une thérapie.

« Le tourisme ne se résume pas à l’évasion : il devient un acte thérapeutique. Il permet de rompre avec les schémas de stress, de raviver l’estime de soi, de stimuler la curiosité et de réactiver la joie simple d’exister pleinement. Dans un monde où les troubles mentaux gagnent du terrain, il est urgent de considérer le voyage comme une ressource précieuse pour la santé mentale. »

Kloran Sardou, président de l’association S.O.S Santé Mentale et Bien-Être. Crédit : Sidoine FEUGUI
Kloran Sardou, président de l’association S.O.S Santé Mentale et Bien-Être. Crédit : Sidoine FEUGUI

Se soigner par la marche… mais aussi par la parole

Si marcher, voyager, contempler peuvent soulager, ils ne remplacent pas un accompagnement professionnel. Trop souvent, on minimise nos souffrances, on se dit que « ça va passer ». Parfois, oui. Mais souvent, non.

Consulter un psychologue n’est pas un aveu de faiblesse. C’est un acte de courage. C’est reconnaître qu’on mérite d’aller bien, et qu’on a besoin d’aide pour y arriver.

Le tourisme peut être une première étape vers la guérison. Une porte qu’on ouvre. Mais au-delà du sentier, il y a aussi le dialogue, l’écoute, la thérapie. Il est essentiel que chacun, surtout les jeunes, sache qu’il a le droit d’avoir mal, et le droit de demander de l’aide.

Besoin d’un psychologue ? Je vous recommande Kloran Sardou Ukpong et Les Ateliers PSY 

La nature offre de nombreux bienfaits pour la santé mentale et physique ainsi que pour le bien-être en général. Crédit : Association canadienne pour la santé mentale – Filiale de Saguenay

… et si la prochaine destination était votre mieux-être ?

En cette Journée mondiale de la santé mentale, je vous invite à vous poser une question simple : quand avez-vous pris le temps de respirer pour la dernière fois ? Pas juste respirer physiquement, mais vivre un moment où votre esprit se sent libre.

Partez. Même à dix minutes de chez vous. Allez au bord d’un lac, en haut d’une colline, dans un quartier que vous ne connaissez pas. Et si vous vous sentez vraiment mal, n’attendez pas que ça passe tout seul. Consultez. Parlez. Ouvrez-vous.

Parce que le plus beau voyage, c’est peut-être celui qui mène vers soi-même.