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Zanzibar Stand UP night : pourquoi être femme a tout changé pour Simo Kaping

Ce 30 avril, à Mvog-Ada, j’ai assisté au Zanzibar Stand UP night avec Simo Kaping, pensant voir un simple spectacle d’humour. Je suis finalement reparti avec une réflexion sur la société, la femme et même… notre manière de voyager à travers nos propres réalités.

Le Zanzibar Club ne paie pas forcément de mine vu de l’extérieur. Mais une fois à l’intérieur, tout change. Les lumières bleutées et verdâtres enveloppent l’espace, les tableaux de peinture dialoguent avec les photographies d’artistes accrochées aux murs. On se sent ailleurs.

Ce soir-là, le public n’était pas nombreux. Mais il était présent. Engagé. Attentif. Je me suis assis, en me disant qu’on aurait aimé voir plus de monde. Mais bon… l’essentiel allait se jouer ailleurs, dans ce Zenzibar Stand UP night.

Wazabanga, entre rire et vérités piquantes

Wazabanga en première partie du spectacle Zanzibar Stand UP night de Simo Kaping Crédit : Sidoine FEUGUI
Wazabanga en première partie du spectacle. Crédit : Sidoine FEUGUI

La première partie était assurée par Wazabanga, humoriste de la troupe Les Rigolards de Mbalmayo. Dès les premières minutes, il a planté le décor. Corruption, détournements de fonds, réalités de l’administration… mais toujours avec ce filtre de dérision qui fait passer les vérités les plus dures.

À un moment, il lâche : « Si un humoriste se met nu, on ne va pas dire qu’il est fou. Parce que pour certains, être humoriste, c’est déjà de la folie. »

La salle éclate. Moi aussi. Mais je note.

Zanzibar Stand UP night avec Simo Kaping, entre scène et introspection

Simo Kaping sur la scène du Zanzibar Night Stand UP. Crédit : Sidoine FEUGUI

Puis elle est arrivée. Simo Kaping. Robe blanche, sourire franc, assurance tranquille.

Elle commence comme à son habitude : « Simo Kaping, digne fille Bapa… mon nom est déjà populaire. »

Une entrée qu’elle garde depuis ses débuts, notamment après son passage au Goethe-Institut en 2020. Mais très vite, elle entre dans le cœur de son spectacle : « être femme m’a aidé plus d’une fois ».

Et là, elle déroule.

Ses pires rencards d’abord. Marc, le faux riche mythomane. Anatole, le séducteur trop scientifique. Jean, l’homme parfait… sauf qu’il fait encore pipi au lit. La salle rit, moi aussi. Mais je comprends que ce n’est pas juste de l’humour. C’est une manière de raconter des expériences, de décortiquer des comportements.

Puis elle lâche une phrase qui change l’atmosphère : « Être une femme m’a aidé à comprendre une chose : la femme n’est pas l’égale de l’homme… elle est supérieure. »

Un murmure traverse la salle. Un spectateur, Marc Kom, réagit. Et là, le spectacle bascule. Une joute oratoire s’installe. Un débat presque improvisé. Mais Simo garde le contrôle. Elle joue avec, elle rebondit, elle transforme la contradiction en matière artistique.

C’est ça, le métier.

Elle aborde ensuite la maternité, avec cette phrase qui fait rire et réfléchir à la fois : « Être enceinte, c’est le moment où tu peux te faire plaisir sans avoir peur de compter ton cycle. »

Autodérision, ironie, sarcasme, métaphore… tout y passe. Même si, parfois, je note quelques hésitations. Et peut-être une attention un peu trop focalisée sur ce spectateur devenu personnage.

Mais l’ensemble tient.

Un spectacle, des voix, une vision

À la fin, je discute avec quelques participants. Marc Kom, justement, me confie : « J’ai trouvé son spectacle agréable. C’était divertissant. Et ça m’a permis de mieux comprendre sa vision artistique. »

De son côté, Simo Kaping elle-même reconnaît que le spectacle est encore en construction : « C’est un spectacle en travail. On va se perfectionner. Mais je suis très ravie de l’impact que ça a eu sur ce public. »

Elle insiste sur le fond : la place de la femme, l’affirmation de soi, la lutte contre les violences basées sur le genre. « Ce ne sont pas toujours les autres qui doivent nous donner de la valeur. C’est nous qui décidons qui nous sommes. »

Je note encore.

Puis j’échange avec Tina Akono Grace Elisabeth, membre du club. Elle m’explique que le Zanzibar est un espace culturel vivant au quartier Mvog-Ada, avec des soirées mensuelles dédiées aux rencontres, au slam, au stand-up.

Ce soir-là, Simo Kaping était invitée dans le cadre d’une collaboration avec le Mevungu Lab.

Et justement, Paul Marie Mala, responsable du Mevungu Lab, me confie : « Le spectacle est de qualité. Il doit encore être rodé, mais il a un fort potentiel. »

Le Mevungu Lab, me dit-il, travaille à professionnaliser les femmes dans les arts scéniques. Former, accompagner, structurer.

Encore une fois, je repense à ce que j’ai vécu ailleurs : structurer, accompagner, révéler.

En sortant du Zanzibar, je marche lentement dans Mvog-Ada. Je repense à la soirée. À ces rires. À ces débats. À ces vérités glissées entre deux punchlines.

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sidoinefeugui