Le 28 avril 2026, au Palais des Congrès de Yaoundé, j’ai assisté au Dialogue Africain Permanent, un événement qui ressemblait à un sommet mais qui racontait bien plus. Entre discours, migrations et jeunesse, cette initiative du Conseil International de Dialogue et de Partenariat (CIDP) m’a fait comprendre que voyager ne commence pas toujours par un billet d’avion.
Le Dialogue Africain Permanent, initiative du Conseil International de Dialogue et de Partenariat (CIDP), réunissait des jeunes venus de plusieurs pays africains. Certains avaient traversé des frontières pour être là. D’autres participaient en ligne. Tous, à leur manière, étaient déjà des voyageurs.
Le DAP2026 était placé sous le thème: « Jeunesses et migrations : structurer et financer durablement les systèmes jeunesses africains ». Une étape décisive vers une approche africaine des mobilités, où la jeunesse n’est plus spectatrice mais actrice de son destin.
Quand les officiels du Ministère de la Jeunesse et de l’Éducation Civique (MINJEC), du Ministère des Relations Extérieures du Cameroun (MINREX) et de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) ont fait leur entrée, j’ai compris que ce dialogue n’était pas un simple discours de plus.
C’était une tentative de réponse.
Dialogue Africain Permanent, migration et illusion de départ
Quand la Coordinatrice Générale du CIDP, Hemes Nkwa, a pris la parole, j’ai arrêté de prendre des notes. J’ai écouté.

Elle a dit, avec une gravité calme : « la jeunesse africaine n’est pas un problème à résoudre, mais une puissance à révéler ». Cette phrase est restée suspendue dans la salle, comme un rappel.
Plus loin, elle a insisté : « la migration n’est pas une crise à éteindre, elle est un signal systémique ». Là encore, j’ai compris que ce que nous appelons souvent “départ” cache en réalité des déséquilibres profonds.
Dans la salle, certains rêvaient d’Europe. D’autres d’Amérique. Moi, je pensais à ces images Instagram, ces plages, ces villes propres, ces routes parfaites… ce tourisme fantasmé qui finit parfois en migration contrainte.
Le problème, ce n’est pas de voyager. Le problème, c’est de fuir.
Le professeur Jean-Emmanuel Pondi a enfoncé le clou avec une leçon inaugurale dense. Pour cet expert en Relation Internationale, « Il ne s’agit pas d’empêcher les jeunes de sortir mais plutôt faire en sorte que ceux qui restent vivent ou ne se sentent pas désespérés au quotidien à cause des comportements qui leurs sont infligés »
Il a parlé d’approche afro-centrée, de regard africain sur nos propres réalités. Et là, j’ai compris quelque chose. On ne peut pas construire une politique migratoire sans comprendre notre rapport au monde.
Et si le tourisme africain était aussi une réponse ?
Une jeunesse qui ne veut plus attendre

Après les panels, les discours et les intermèdes artistiques – dont ce slam sur l’exil qui m’a littéralement traversé – j’ai commencé à regarder autour de moi autrement.
Il y avait des jeunes porteurs de projets participants du hackathon. Des étudiants venus de la CEMAC. Divers profils différents, mais une même urgence : exister ici.
Dans un coin, j’ai échangé avec un jeune venu du Tchad. Il me parlait d’opportunités. De manque de financement. De ses envies de partir. Puis il m’a dit quelque chose de simple : « Si je trouve ici ce que je cherche ailleurs, je reste. »
C’était peut-être ça, le cœur du débat.
Pas empêcher les jeunes de partir. Mais leur donner envie de rester.
Le panel sur la diaspora m’a aussi marqué. On parlait d’investissement, de retour, de contribution. Et là encore, j’ai pensé au tourisme. Ces diasporas qui reviennent au pays pour les vacances, qui redécouvrent leur terre… c’est aussi une forme de migration circulaire.
D’après les données de la Banque Mondiale, le Cameroun a accueilli un peu plus d’un million de touristes internationaux en 2019. Le pays ambitionne d’accueillir 3,5 millions de visiteurs d’ici 2030, malgré des défis liés à la sécurisation des zones touristiques.
Je me réjouis d’ailleurs d’avoir eu l’opportunité de guider des touristes allemands, français, suisses et autrichiens – tous unis maritalement à des camerounais – sur des sommets de la ville au sept collines.

Et si voyager devenait un choix, pas une fuite ?
À la fin de la journée, quand les recommandations ont été lues, quand les projets du hackathon ont été primés, quand la “Déclaration de Yaoundé” a été annoncée, je n’étais plus tout à fait le même.
Je suis sorti du Palais des Congrès avec une question en tête. Et si on arrêtait d’opposer migration et développement ?
Et si on pensait la mobilité comme une richesse ?
Le tourisme, dans tout ça, n’est pas un détail. Il est un levier. Un outil. Une porte d’entrée vers une autre manière de voir le monde. Voyager en Afrique, investir en Afrique, découvrir ses territoires… c’est aussi une manière de retenir ses talents.
Ce jour-là, au Dialogue Africain Permanent, j’ai vu une Afrique qui cherche à se comprendre elle-même. Une Afrique qui ne veut plus subir ses départs, mais organiser ses mobilités.
Je suis rentré chez moi sans avoir quitté Yaoundé.
Mais j’avais voyagé.