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Pourquoi la vitamine A change la vie d’un enfant ?

Du 4 au 7 décembre 2025, la Délégation Régionale de la Santé Publique du Centre organise la Semaine d’Actions de Santé et de Nutrition Infantile et Maternelle (SASNIM2). Au cœur de la campagne : la vitamine A et le déparasitage, deux interventions essentielles destinées à 1 079 488 enfants de 12 à 59 mois dans les 28 districts. Quatre jours pour renforcer leur immunité et prévenir les carences.

L’Aire de santé d’Elig-Effa est prête pour la SASNIM2. Credit : Aire de santé d’Elig-Effa

Au briefing médias organisé à la Délégation Régionale de la Santé Publique du Centre, où j’ai assisté avec d’autres journalistes et créateurs de contenus, la vitamine A s’est imposé dès les premières interventions. Une petite capsule rouge, presque anodine, mais qui concentre à elle seule une grande partie des enjeux de la SASNIM2.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, la vitamine A reste l’un des outils les plus efficaces pour réduire la mortalité infantile. Elle protège la vue, soutient les défenses immunitaires et aide l’organisme à mieux encaisser les infections courantes. Nutrition International rappelle d’ailleurs que les enfants supplémentés tombent moins souvent malades et récupèrent beaucoup plus vite lorsqu’ils sont infectés.

Cette importance saute aux yeux lorsqu’on observe les réalités sanitaires de la Région du Centre. Dans les zones rurales comme dans les quartiers urbains densément peuplés, une carence en vitamine A suffit à fragiliser l’enfant : infections répétées, croissance ralentie, risques accrus de complications. Ici, chaque capsule compte.

Les bienfaits de la Vitamine A.
Les bienfaits de la Vitamine A.

Dans l’assiette, la vitamine A existe déjà

Pendant le briefing, plusieurs responsables ont rappelé que la supplémentation ne doit pas faire oublier l’alimentation quotidienne. La vitamine A se trouve dans de nombreux aliments accessibles, surtout dans un pays agricole comme le Cameroun.

Les nutritionnistes recommandent les sources animales — foie, œufs, poisson, lait entier — qui offrent une vitamine A immédiatement utilisable par l’organisme. Mais les jardins et marchés du Centre regorgent aussi d’options végétales riches en provitamine A : mangue, papaye, patate douce orange, carotte, feuilles vertes de manioc ou d’amarante.

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Ce sont des aliments simples, souvent populaires, qui peuvent renforcer la santé des enfants au quotidien. La capsule de la SASNIM2 n’est donc pas un remplaçant : elle vient plutôt consolider une base alimentaire parfois fragile.

Les aliments riches en Vitamine A

Le déparasitage : préparer le terrain pour la vitamine A

On ne parle pas souvent des “intrus tapis dans l’ombre”, comme l’a glissé avec humour un agent de santé lors du briefing. Pourtant, les vers intestinaux font partie des principaux ennemis du bien-être nutritionnel.

Selon l’OMS, ces parasites absorbent une partie des nutriments destinés à l’enfant, réduisent l’efficacité de la vitamine A et fragilisent l’organisme. Ils provoquent anémie, retard de croissance, fatigue chronique.

C’est pourquoi la SASNIM2 combine systématiquement la supplémentation avec un déparasitage au Mebendazole, un comprimé administré aux enfants de 12 à 59 mois.

Les moins de 12 mois, eux, ne sont pas concernés par la campagne. Ils sont déjà pris en charge par le Programme Élargi de Vaccination (PEV), qui inclut la vitamine A dans le calendrier de routine.

Calendrier de vaccination ! Crédit : PEV Cameroun

Selon Nutrition International, associer vitamine A et déparasitage multiplie les bénéfices : l’enfant absorbe mieux les nutriments, résiste davantage aux maladies, et son organisme reprend des forces. Deux interventions complémentaires, deux effets qui se renforcent.

Comment les équipes du Centre vont travailler ?

Un enfant recevant sa dose de Vitamine A
Un enfant recevant sa dose de Vitamine A. Crédit : PEV CAMEROON

Dans les 28 districts de santé du Centre, l’organisation est déjà en place. Superviseurs, relais communautaires et agents de terrain ont reçu leurs orientations. Objectif : ne laisser aucun enfant éligible sur le carreau.

Pendant la campagne, plusieurs méthodes se combineront.

Le porte-à-porte, d’abord. Il permet d’atteindre les familles dispersées, celles qui n’ont pas toujours le temps ou la disponibilité pour se rendre dans un centre de santé. Dans certains villages, les agents devront parfois marcher longtemps pour atteindre les concessions isolées.

Les postes fixes et temporaires, ensuite, installés dans les centres de santé, les marchés, les carrefours stratégiques. Des espaces où les familles peuvent venir spontanément pour faire supplémenter leurs enfants.

Enfin, les établissements scolaires serviront de relais précieux. Les enseignants encourageront les élèves à se présenter au poste le plus proche, et les équipes pourront toucher des centaines d’enfants en quelques heures.

Cette diversité de méthodes n’est pas un choix esthétique. Elle répond aux réalités du terrain. On ne touche pas les enfants de Dzeng, d’Obala ou d’Akonolinga de la même manière qu’à Nkolndongo, Efoulan ou Mvog-Ada. Le Centre est vaste, contrasté, parfois difficile d’accès. Mais l’objectif reste le même : protéger les enfants là où ils vivent.

Une capsule aujourd’hui, un avenir plus solide demain

Au fond, la vitamine A ne paie pas de mine. Une capsule avalée en quelques secondes. Un comprimé de Mebendazole croqué sans résistance. Et pourtant, derrière ce geste simple se cache quelque chose de beaucoup plus grand.

C’est une chance donnée à un enfant d’éviter une infection grave. C’est une protection de sa vue, de sa croissance, de son immunité. C’est une manière de dire que sa santé compte, vraiment.

Du 4 au 7 décembre, lorsque les équipes de santé frapperont aux portes de la Région du Centre, ce ne sera pas seulement pour distribuer des capsules. Ce sera pour rappeler une vérité essentielle : un enfant en bonne santé est un enfant qui peut grandir, apprendre, rêver et affronter le monde sans être freiné par des carences évitables.

Et parfois, tout commence avec une petite capsule de vitamine A.

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sidoinefeugui