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Pourquoi Ecopark a choisi le théâtre pour ouvrir l’année 2026 ?

Ouvrir l’année par un spectacle de théâtre, un 1er janvier, dans un site touristique en pleine nature. À Ecopark Yaoundé, ce choix n’a rien d’anecdotique. Il dit une vision. Il raconte une manière de penser le tourisme autrement, loin du simple loisir, plus proche de la mémoire, de la transmission et du lien.

Ce jour-là, à Ahala, le public découvre Ngan Medza, une fresque théâtrale inspirée de la mythologie Beti-Ekang. Quarante-cinq minutes de scène pour rappeler que le développement touristique peut aussi être un acte culturel fort.

Ecopark

Pour Boris Foe Essomba Antoine, l’un des membres fondateurs d’Ecopark Yaoundé, cette orientation n’est pas nouvelle. « Depuis les débuts du parc, les arts ont toujours été présents ici », rappelle-t-il. Bien avant les grandes affluences, Ecopark accueillait déjà des groupes artistiques, des mini-concerts, des performances mêlant sons contemporains et expressions plus traditionnelles. La culture n’est donc pas un décor ajouté. Elle fait partie de l’ADN du lieu.

Replacer le théâtre au cœur de la jeunesse

Si le choix du théâtre s’impose cette année, c’est aussi en réponse à un constat préoccupant. Boris Foe le dit sans détour : la jeunesse se détourne progressivement des arts du spectacle. « Aujourd’hui, les jeunes sont beaucoup plus tournés vers les téléphones, Internet, TikTok, Snapchat… » Une immersion numérique qui, selon lui, entraîne une déconnexion lente mais réelle de la culture d’origine.

Les signes sont visibles : langues maternelles peu pratiquées, repères historiques flous, filiations mal comprises. « Ce qui nous inquiète, c’est que les jeunes maîtrisent de moins en moins leurs origines », insiste-t-il. Ils se revendiquent parfois d’un grand groupe ethnique sans en connaître les fondements, les histoires, les fraternités.

Chez les Beti, ces repères sont pourtant essentiels. L’histoire se transmet par les récits, les lignées, les mythes fondateurs. Ngan Medza la traversée devient alors plus qu’un spectacle : un outil pédagogique, un pont entre générations.

Boris Foe Essomba : « Pour vivre ensemble, il faut d’abord connaître et accepter sa propre identité »,

Boris Foe Essomba, membre fondateur du site touristique Ecopark Yaoundé.
Boris Foe Essomba, membre fondateur du site touristique Ecopark Yaoundé.

À Ecopark, la transmission culturelle ne rime pas avec repli identitaire. Boris Foe tient à lever toute ambiguïté. « Il ne s’agit pas de promouvoir un communautarisme ou un sectarisme », précise-t-il. L’enjeu est ailleurs : permettre aux jeunes de connaître leur valeur, de comprendre d’où ils viennent, afin de mieux dialoguer avec les autres.

Le vivre-ensemble, souvent invoqué dans les discours, prend ici une dimension concrète. « Pour vivre ensemble, il faut d’abord connaître et accepter sa propre identité », explique-t-il. L’assumer, la comprendre, la partager, puis apprendre à cohabiter avec les autres dans le respect mutuel.

Cette philosophie se reflète dans la fréquentation même du parc. Ecopark accueille des Camerounais de toutes régions, mais aussi des visiteurs venus d’ailleurs. La diversité y est quotidienne, vécue, non théorisée. La culture devient alors un langage commun, un socle, pas une frontière.

Ngan Medza, une œuvre appelée à durer

Ngan Medza Ecopark
Les comédiens sur la scène du Ngan Medza la traversée.

Le spectacle présenté le 1er janvier n’était pas un événement isolé. Pour Boris Foe, Ngan Medza s’inscrit dans la durée. « Ce spectacle n’est que le premier d’une série », affirme-t-il. Pensé principalement pour les jeunes — écoliers, élèves, étudiants — il sera programmé pendant les périodes de vacances scolaires, moments où ils sont plus disponibles et réceptifs.

Une nouvelle représentation est déjà annoncée pour les congés de Pâques, en lien avec un autre rendez-vous emblématique du site. L’idée est claire : inscrire la culture dans le rythme de vie du parc, au même titre que les autres activités.

À travers cette démarche, Ecopark se positionne comme un lieu de mémoire autant que de détente. Un espace où l’on vient se reposer, certes, mais aussi apprendre, ressentir, se reconnecter à l’essentiel.

Un lieu qui raconte, avant même de divertir

Le musée d’Ecopark, un lieu de mémoire.

À Ahala, la culture n’est pas un supplément d’âme. Elle est une boussole. Elle guide les choix, structure les projets et donne du sens à l’expérience touristique. En ouvrant 2026 avec Ngan Medza, Ecopark Yaoundé affirme une conviction forte : le tourisme peut — et doit — participer à la transmission des héritages.

Mais derrière cette ambition culturelle assumée, Ecopark Yaoundé est aussi un chantier en pleine mutation, porté par de nouvelles infrastructures, de grands projets et des innovations concrètes que le site s’apprête à dévoiler…

(À suivre)

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sidoinefeugui