Crédit: UN-Spotlight Cameroun

Initiative Spotlight : une mobilisation contre les Violences faites aux femmes et aux filles au Cameroun

Le vendredi 18 juillet 2025, en tant que représentant de l’Association des blogueurs du Cameroun, j’ai eu l’honneur de couvrir la cérémonie de mobilisation autour de l’Initiative Spotlight, organisée par le Système des Nations Unies au Cameroun et le Haut-commissariat du Canada. Cette rencontre, tenue dans l’élégant cadre de la Résidence officielle du Canada, s’est avérée être bien plus qu’un simple événement protocolaire : c’était une véritable tribune pour amplifier la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles (VFFF) dans notre pays.

L’Initiative Spotlight une réponse un fléau qui laisse des traces

Au Cameroun, plus de 54,6 % des femmes et jeunes filles sont victimes de VFFF. Dans l’Extrême-Nord, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, la réalité est encore plus glaçante. Dans ces deux dernières régions, 73 % des femmes et filles interrogées ont connu au moins une forme de violence sexuelle d’après les données de l’ONU Femmes.

Situation des violences faites aux femmes et aux filles au Cameroun. Une compilation de l'initiative Spotlight Cameroun
Situation des violences faites aux femmes et aux filles au Cameroun. Une compilation de Spotlight Cameroun

Les VFFF, ce ne sont pas que des chiffres. C’est le viol, les agressions sexuelles, le mariage forcé, le déni de ressources, la violence psychologique. Trop souvent, ces actes sont dissimulés sous le voile de traditions, d’inégalités ou de silences complices. Face à cette situation préoccupante, le système des nations unies a mis en place l’Initiative Spotlight.

L’Initiative Spotlight : Quand la solidarité internationale éclaire l’action locale

A l’entame de la cérémonie de ce vendredi, un exposé a présenté de manière sommaire l’Initiative Spotlight, lancé en 2017 par l’Union Européenne et les Nations Unies. Son ambition : éliminer toutes les formes de violence contre les femmes et les filles à l’horizon 2030.

Au Cameroun, le programme vise à « mettre fin aux violences faites aux femmes et aux filles dans les dix régions du pays, en touchant toutes les femmes ; y compris les réfugiées, les personnes déplacées internes, les femmes des communautés d’accueil et celles confrontées à des formes croisées de vulnérabilité, notamment les adolescentes et les femmes en situation de handicap », renseigne le point focal Spotlight Cameroun pendant son exposé. C’est un pilier de la marche vers l’égalité (ODD 5) et la justice (ODD 16).

Ce n’était pas un exposé, mais un appel à la lucidité. Je croise les regards graves des diplomates, des ONG, des artistes, des journalistes et des survivantes. Chacun, à cet instant, mesure la gravité de la tâche.

Quand les survivantes sortent du silence

L’un des temps forts de la soirée fut la projection de vidéos de témoignages poignants de femmes victimes de VFF. Dans l’obscurité feutrée de la salle, les voix tremblotantes de ces survivantes résonnaient puissamment.  Chacune racontait, à visage voilé, son parcours de douleur, de honte, mais aussi de résilience. Derrière l’écran, la voix tremblante d’Aline, 16 ans, a résonné :

« J’ai cru que c’était ma faute… Mais aujourd’hui, je veux dire à toutes les filles : ce n’est jamais votre faute, et vous n’êtes pas seules. »

Aline, 16 ans, survivante

Chacun a retenu son souffle. Le silence est lourd, chargé d’émotion. Les larmes coulent en silence, mais la dignité reste debout. Derrière chaque statistique, il y a un destin, un espoir, une histoire de courage. Très souvent, les victimes ont peur de s’exprimer par peur ou par stigmatisation. Il est important qu’elles brisent le silence !

Les invités regardent avec une attention particulière les vidéos de témoignage des survivantes
Les invités regardent avec une attention particulière les vidéos de témoignage des survivantes

L’engagement diplomatique et institutionnel : paroles d’alliés

Mme Lorraine Anderson, Haut-commissaire du Canada au Cameroun, hôte de la soirée, a pris la parole avec émotion. Elle a souligné que cette cérémonie était particulière à plus d’un titre : non seulement par son engagement contre les VBG, mais aussi parce qu’il s’agissait probablement de son dernier événement de ce type avant la fin de sa mission diplomatique.

« Je quitte bientôt le Cameroun, mais ce combat, lui, ne s’arrête pas. Je veux que chaque femme, chaque fille sache qu’elle a le soutien du Canada. Nous sommes à vos côtés et nous continuerons d’accompagner toutes les initiatives pour mettre fin à ce fléau », a confié Mme Lorraine Anderson, visiblement émue.

Mme Lorraine Anderson, Haut-commissaire du Canada au Cameroun
Mme Lorraine Anderson, Haut-commissaire du Canada au Cameroun
L’Initiative Spotlight, c’est la preuve que la communauté internationale peut agir de façon coordonnée

Issa Sanogo, le Coordonnateur résident des Nations Unies au Cameroun a ensuite insisté sur l’importance de l’implication des agences onusiennes dans la lutte contre les VBG au Cameroun.

« Notre engagement est holistique. L’Initiative Spotlight, c’est la preuve que la communauté internationale peut agir de façon coordonnée, en appuyant les acteurs de la société civile, en finançant les structures d’accueil, en formant les agents de santé et en soutenant les actions gouvernementales. Nous lançons un appel pour que la question des violences basés sur le genre soient bannis définitivement », a martelé

Issa Sanogo, Coordonnateur résident des Nations Unies au Cameroun.
Issa Sanogo, Coordonnateur résident des Nations Unies au Cameroun.
Issa Sanogo, Coordonnateur résident des Nations Unies au Cameroun.

Madame la Ministre de la Promotion de la femme et de la famille a exprimé sa joie et sa fierté de voir le Cameroun éligible au programme UN-Spotlight. Elle a insisté sur la nécessité de briser les tabous et de promouvoir le respect des droits humains à tous les niveaux de la société.

« C’est une immense victoire que de voir le Cameroun intégré à cette initiative mondiale. Mais le chemin est encore long. Nous devons travailler ensemble pour un changement de mentalité, pour que nos filles grandissent sans peur et que justice soit rendue à toutes les victimes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille a apporté son appuis à l’Assemblée nationale du Cameroun pour un projet de loi visant à punir les auteurs de violences basées sur le genre et à protéger les survivantes, », a déclaré

Madame Marie Thérèse Abena Ondoa, Ministre de la Promotion de la femme et de la famille
Madame Marie Thérèse Abena Ondoa,  Ministre de la Promotion de la femme et de la famille
Madame Marie Thérèse Abena Ondoa, Ministre de la Promotion de la femme et de la famille

X-Maleya : la musique comme arme de sensibilisation

Le groupe X-Maleya, stars incontestées de la musique camerounaise, était l’invité d’honneur de la soirée. Avant de monter sur scène, ils ont partagé l’histoire bouleversante à l’origine de leur chanson à succès “Ta fille n’est pas ta femme”.

« Nous avons écrit cette chanson après avoir rencontré la famille d’une jeune fille qui s’est donné la mort, incapable de supporter les abus répétés de son oncle. À travers notre musique, nous voulons briser le silence et dire à tous : protégez vos filles, écoutez-les, ne les laissez pas souffrir seules », confie Haïs, l’un des membres du groupe.

La cérémonie s’est poursuivie par un concert live du groupe X-Maleya
La cérémonie s’est poursuivie par un concert live du groupe X-Maleya

La cérémonie s’est poursuivie par un concert live du groupe X-Maleya, suivi d’un apéritif dînatoire où les débats se sont poursuivis de manière plus informelle. J’ai pu échanger avec plusieurs survivantes, activistes et partenaires internationaux. « Voir tant de personnes rassemblées, c’est la preuve qu’il y a de l’espoir. Je repars plus forte, convaincue que notre parole compte et qu’ensemble, nous pouvons changer les choses », m’a confié Grâce, survivante et militante.

A lire aussi : Quand monsieur refuse de taper sur madame

Un appel à l’action et à la solidarité

Au fil des interventions et des témoignages, un message central s’est imposé : la lutte contre les VFFF ne peut être remportée que par une mobilisation de tous. Les États, les ONG, les médias, les artistes, les citoyens – chacun a un rôle à jouer. Pour ma part, en tant que blogueur et représentant de notre association, je ressens plus que jamais la responsabilité d’amplifier ces voix, de briser les silences, de porter les récits de celles qui n’ont pas toujours la parole.

Eradiquer les VFFF, un devoir collectif.  UN-Spotlight Cameroun
Eradiquer les VFFF, un devoir collectif. UN-Spotlight Cameroun

En conclusion, l’Initiative UN-Spotlight n’est pas seulement un programme, c’est une lueur dans la nuit pour des milliers de femmes et filles camerounaises. À nous, blogueurs, médias, artistes, parents, enseignants et citoyens, de faire en sorte que cette lumière ne faiblisse jamais.

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Auteur·e

sidoinefeugui

Commentaires

Domaly Ongolo
Répondre

C’est magnifique ce que vous faites ,comment assister aux prochaines séances ?

Domaly Ongolo
Répondre

Comment assister aux prochaines séances à Yaoundé ?
Votre travail est magnifique.