Dave Mbakabat parle avec retenue, mais chaque phrase est pesée. Originaire de Guider, au Nord-Cameroun, Dave Mbakabat porte un regard engagé sur la culture et le tourisme comme leviers de développement local. Il est lassé parmi les 100 meilleurs étudiants camerounais du programme The Okwelians 2025. L’étudiant en Master des Sciences du Langage à l’Université de Yaoundé I défend une excellence enracinée, attentive aux patrimoines souvent oubliés et aux territoires dits périphériques.
Pour lui, cette reconnaissance n’est ni une surprise ni une fin en soi. « C’est une distinction honorifique majeure, explique-t-il, qui vient couronner une quête de l’excellence amorcée très tôt. Elle valorise la culture de l’effort et du mérite à laquelle je crois profondément. » Chez Dave Mbakabat, le mot excellence revient souvent. Non comme un slogan, mais comme une ligne de conduite.

L’excellence, apprise très tôt
Quand on lui demande d’où lui vient cette rigueur, il ne cite ni mentor célèbre ni modèle importé. Il parle de sa grand-mère. « J’ai été forgé par son éducation, dit-il simplement. Elle m’a transmis des valeurs de probité et d’intégrité qui structurent encore aujourd’hui mon éthique de travail. »
Ce socle moral l’accompagne tout au long de son parcours académique. Il est titulaire d’un baccalauréat littéraire obtenu au lycée de Guider, dans le département du Mayo-Louti, région du Nord. En septembre 2022, Dave arrive à l’Université de Yaoundé I pour une Licence en Sciences du Langage, option Sémiotique et Communication.
Très vite, il se présente comme délégué des étudiants. « C’était ambitieux, reconnaît-il, mais le désir de servir et de représenter était plus fort que la crainte. » Il est élu dès la première année avec plus de 60 % des voix, puis réélu en deuxième et troisième années, atteignant plus de 80 % des suffrages. Trois ans de leadership étudiant qui le placent au cœur des réalités universitaires : gestion des requêtes, médiation avec les enseignants, prise de parole en amphithéâtre, écoute active.
En décembre 2025, alors qu’il est en Master 1, Dave choisit de ne pas se représenter comme délégué étudiant, malgré les sollicitations. Un choix rare, assumé. « Le leadership, c’est aussi savoir passer le relais, dit-il. Permettre à d’autres de se révéler. »
Dave Mbakabat, l’exigence académique comme fondation du leadership

Il n’idéalise pas cette période. Dave en parle comme d’un apprentissage rude mais formateur. « Le leadership est avant tout une posture, insiste-t-il. Placer l’intérêt collectif avant le sien, servir avec humilité, contribuer à la réussite des autres. »
Parallèlement à ses responsabilités académiques, il s’investit dans plusieurs structures : commissaire aux comptes du Club Communication de l’Université de Yaoundé 1, ancien secrétaire général du Club Fanfare, responsable communautaire à l’Aumônerie Protestante Universitaire du Cameroun (APUC-Y), ancien d’Église, comptable matière adjoint. Une accumulation de rôles qui pourrait paraître excessive, mais qui, chez lui, obéit à une logique claire : apprendre en faisant.
Peu après, il est sélectionné parmi les cinq lauréats du programme APU Care, dédié au financement de projets d’étude et à la promotion de l’excellence académique. Classé deuxième, il y voit un encouragement plus qu’une consécration. « L’effort constant finit toujours par ouvrir des portes », affirme-t-il.
Politique : une vision continentale
Son intérêt pour la politique n’est pas opportuniste. Il le revendique comme un engagement de long terme. « Je vois la politique comme un levier pour l’unité du continent africain, affirme-t-il. Une nation forte repose sur une jeunesse consciente et mobilisée. »
À ses yeux, la jeunesse instruite doit devenir le pivot stratégique de la transformation du Cameroun. Non pas dans une posture d’attente, mais dans une dynamique d’action académique, sociale et politique. « C’est à ce prix que nous bâtirons un modèle de développement authentique et durable », insiste-t-il.
Guider, matrice identitaire

Derrière le discours structuré, il y a un territoire. Guider, dans le département du Mayo-Louti, au Nord-Cameroun. Dave y a passé une partie décisive de sa formation entre 2015 et 2022. « Ce territoire a forgé mon caractère, dit-il sans détour. Il m’a transmis des valeurs de sincérité, de convivialité et une forme de résilience que j’assume pleinement. »
Il parle d’un « tempérament de soldat », non pas guerrier, mais endurant. Cette expérience nourrit sa vision d’un État inclusif, attentif aux zones souvent qualifiées de périphériques. « Avoir vu les réalités locales m’a convaincu que le dépassement des disparités est un impératif de justice », souligne-t-il.
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Pour Dave Mbakabat, culture et tourisme sont des leviers
Lorsque la conversation glisse vers le tourisme et la culture, Dave se fait plus précis. À Guider, il évoque le Gouma ou Guma, danse emblématique du patrimoine Guidar. « C’est une expression chorégraphique d’une richesse esthétique rare, explique-t-il. Elle mérite une valorisation nationale et internationale à la hauteur de son importance identitaire. »

Pour lui, le tourisme culturel n’est pas un supplément d’âme, mais un levier économique concret. Concours nationaux et internationaux, mise en récit des traditions, formation des jeunes : tout passe par une appropriation consciente du patrimoine. « La jeunesse doit maîtriser les mécanismes de promotion de sa propre culture », insiste-t-il, appelant à une adaptation des curricula éducatifs aux réalités locales.
Un message aux périphéries
Avant de nous quitter, Dave s’adresse aux jeunes issus des zones dites périphériques. Son message est direct, presque fraternel : « L’excellence est possible, mais elle exige un enracinement et un dépassement. » Il parle de discipline, de persévérance, de foi aussi, comme boussole intérieure.
À l’écouter, on comprend que son parcours n’est pas un modèle figé, mais une trajectoire en construction. Une trajectoire où l’excellence académique dialogue avec la culture, la foi, le leadership et le territoire. Et où chaque étape semble répondre à une même exigence : avancer sans renier d’où l’on vient.