À partir de ce 10 décembre, Yaoundé se laisse gagner par une brise cinématographique différente. Pas celle des tapis rouges. Ici, l’on parle d’enfance, de rêves, de blessures secrètes et d’espérances têtues. L’Espace Culturel ADE-NIBA se transforme en point de rencontre d’un continent qui veut raconter sa jeunesse sans la trahir. Le Festival panafricain du film sur la jeunesse – Mouna TABA ouvre sa toute première édition du 10 au 13 décembre 2025, et déjà, il dégage un parfum de promesse.
Pour Mary-Noëlle Niba, Présidente de l’Association Tell And Be Africa, ce festival n’est pas sorti de nulle part. Il est né d’un long compagnonnage avec le public : « Ce festival s’inscrit dans la continuité du Ciné-Club N’kah. Pendant cinq ans, nous avons rapproché le public des classiques africains. Les séances les plus remplies étaient celles avec des enfants. Ils étaient émerveillés devant Le Ballon d’or de Cheick Doukouré… »
Ce constat a rendu l’idée presque évidente : créer un espace où la jeunesse et ses récits sont invités au centre.

Festival Mouna TABA : Trois jours, vingt-cinq films et une volonté de réinventer le regard
Durant trois jours, vingt-cinq films — courts et longs métrages — défileront à l’écran. Pas pour impressionner, mais pour transmettre : la jeunesse compte, ses histoires méritent d’être vues et comprises.
Le thème choisi, « Des films inspirants pour la jeunesse », reflète cette ambition. Loin du sensationnel, l’objectif est de rappeler que le cinéma peut aussi redonner confiance, éclairer des chemins, offrir des modèles ou tout simplement servir de passerelle entre générations.
Le festival Mouna TABA est également compétitif, avec deux prix : meilleur long métrage et meilleur court métrage. Le jury, conduit par Narcisse Wandji, réunit des figures plurielles du livre, de la production, du cinéma et de la critique. Tous partagent une même conviction : encourager des œuvres exigeantes sur la jeunesse africaine.
Un colloque pour comprendre ce que signifie “écrire sur la jeunesse”
Au-delà des projections, le colloque « Écrire sur la jeunesse » permettra de revisiter les motivations, les enjeux et les responsabilités qui accompagnent l’écriture d’un film destiné à un jeune public. Les panélistes — réalisateurs, éditeurs, écrivains, formateurs — viendront offrir un regard croisé, parfois critique, toujours passionné.
Dans un paysage cinématographique où les enfants sont souvent les grands absents, ce temps de discussion arrive comme une respiration nécessaire.

La Résidence d’écriture TABA : un laboratoire d’histoires merveilleuses
En parallèle se tient la troisième édition de la Résidence d’écriture TABA, du 30 novembre au 14 décembre. Là se préparent des films qui, demain, pourraient faire le tour des festivals. Parmi eux : La liste de Noël, En sourdine, Basket, Le prix d’un nom et Sotapot.
Paul Marie Mala, porteur du projet La liste de Noël, accueille cette sélection avec une sincérité touchante : « C’est une chose d’être sélectionné, c’en est une autre d’accepter les appréciations sur son travail. Cette résidence me permet d’avoir une vision de l’écriture du cinéma, même si ce n’est pas évident d’accepter les critiques. Cependant, je suis là pour apprendre à écrire pour les enfants. »
Une parole qui dit la fragilité de la création, mais aussi le courage qu’il faut pour se confronter au regard des autres.
Autour des participants, des encadreurs expérimentés : Anis Lassoued, Yolande Ekoumou Samba, Mary-Noël Niba… Tous apportent leur maîtrise du langage cinématographique et leur sensibilité aux récits de jeunesse.
ADE-NIBA, un nouveau souffle culturel pour Yaoundé
Cette effervescence se déploie dans un seul et même lieu : ADE-NIBA, fraîchement sorti de terre près de Shell Nsimeyong. Un espace pensé pour accueillir des rencontres artistiques, mais aussi pour créer de la proximité entre le public et les créateurs.
Pour sa première grande manifestation, l’endroit devient un refuge pour les histoires et un terrain de dialogue entre générations.






Quand Yaoundé choisit de regarder sa jeunesse autrement
Dans un monde où l’image de la jeunesse est trop souvent écrasée par les clichés, Mouna TABA arrive comme une parenthèse nécessaire. Une invitation à réapprendre l’émerveillement, à revisiter le merveilleux africain, à écouter ce que les enfants et adolescents ont à dire.
Du 10 au 13 décembre, Yaoundé regarde la jeunesse à hauteur d’yeux. Et rien que cela suffit déjà à donner au festival un souffle particulier : celui des commencements qui ont vocation à durer.